De mercredi à mercredi, ça aura été l’aventure intérieure de mon visa pour l’Algérie. J’ai testé pour vous : aller dans un pays où personne ne veut aller, mais qui est pourtant à moins de deux heures d’avion. Ou encore : un pays qui ferait mieux de s’ouvrir plus, parce que franchement, il y en a besoin. « Ah mais vous savez, Monsieur, après c’est compliqué, et il y en a qui cassent la tête », me dit l’homme de l’accueil à l’annexe du consulat lorsque je lui ai demandé si c’était normal que ça ne réponde jamais au téléphone. Parce que j’ai essayé d’appeler pendant deux semaines, où mon emploi du temps blindé ne laissait pas de place à l’erreur, avec la somme incroyable de documents à collecter, dont certains de moi pour moi-même, comme cette ordre de mission de l’employeur à me rédiger (sauf que je ne suis pas employé, mais finalement je m’en suis sorti par une demande supplémentaire et inédite de K-Bis, pour prouver que je suis bien le Président — ouf, c’était pas ma holding cette fois). Et les 85€ en liquide (pour 3 mois de validité, on se fait pas chier, faut dire que c’est le seul moyen qu’ils ont dû trouver pour augmenter leur PIB) se sont transformés en carte bancaire, comme quoi la modernité, ça existe.

C’est surprenant de tomber sur ce bâtiment très vieillot, avec ses peintures délavées, son ambiance bureau de Poste des années 1980, sa déco kitsch de l’Orient, et ses portrait du Président-à-la-vie-à-la-mort un peu partout, dans une des rues les plus chères de Paris (à Passy), juste à côté du musée du vin (oh ironie !). Au premier étage, on trouve des colonnades et une salle d’attente ouverte, devant deux boxes où des dames d’un âge certain collectent consciencieusement des documents. Jusqu’à 12h00 (et non 12h30 comme indiqué sur le site), elles sont plutôt charmantes, mais après, qu’on ne revienne pas avec son dossier normalement complet, il devait l’être dès le début, et peu importe qu’on implore que c’était le seul jour de congé possible. De toute façon, l’après-midi, c’est seulement pour les retraits, les dépôts ce n’est que le matin, alors vous repasserez en semaine Madame, peu nous importe. Ça m’a rappelé la grognasse du Consulat que j’ai appelé en désespoir de cause, avec son numéro sur la page des Visas, qui m’a vertement renvoyé vers le site Internet, peu importe ce que je pouvais lui raconter, et qui très clairement m’a pris pour un con. Et la semaine suivante, à l’accueil, c’était le souk entre le cerbère (celui devant le téléphone qui clignote tout le temps mais qu’il ne décroche jamais), plutôt sympathique sinon, et quelques gens manifestement entre le désespoir et le tempérament excédé.

L’Algérie, ça a l’air d’être un pays du Sud de l’Ouest : là où moins on en fait, en restant dans les règles confortables, et mieux on se porte, peu importe si tout se casse peu à peu la gueule. En fait, on dirait la France en pire. J’y vais parce qu’on m’a assuré qu’il y avait du business, mais je sens que ça va être folklorique. Je le sens très fort. En attendant, ça a l’air encore plus sous-développé que Marseille, et ça, ce n’est pas peu dire. Mais il paraît qu’ils ont du pognon, sans trop quoi savoir en faire. J’ai quelques idées, mais il faut y mettre du sien…