À chaque fois que je retourne à Londres, je me pose la question : pourquoi en retourner ? J’ai par exemple de plus en plus de mal à sortir habillé à Paris. L’atmosphère ne s’y prête que de moins en moins. Les sorties de qualité se font rares, tandis que les rats, le pavé vengeur, la circulation intense et le trottoir rabougri sont autant d’obstacles à une vie que l’on voudrait plus distingué. Après les invasions de touristes Disney-compatible, la ville nouvellement vidée n’a plus le dynamisme que je lui trouvais, et que je retrouve encore à Londres, quoique je sens que ça souffre aussi, là-bas — cinq sans-abri croisés sur la dizaine de kilomètres parcourues à pied, c’est autant que sur un Philharmonie-Austerlitz de la ligne 5, mais c’est carrément inédit à Londres.

J’y fais mon shopping en devant me retenir de tout acheter, alors qu’à Paris j’ai de plus en plus de mal, et il n’y a qu’à voir ce que devient Kenzo, dont j’étais une ancienne égérie de la tête aux pieds, pour se rendre compte à quel point on est au creux de la vague. La comparaison tient de moins en moins. Outre manche, on s’inquiète réellement du Brexit — rappelant peut-être que Londres est autant l'Angleterre que Paris est la France. Mais pour une fois, j’y ai peut-être une opportunité de délocalisation, sitôt que l’immobilier sera redevenu plus abordable (c’est stratosphérique, mais un Whitechapel m’irait fort bien, déjà !). Alors chaque année, je retourne sur LE salon (éducatif), et je travaille les opportunités d’aller sur ce marché singulier, pour un jour ne plus avoir à y aller mais seulement à y rester. À deux heures de Paris on peut être à Alger, mais on peut aussi être à Londres. Saisissants contrastes dans les deux cas.