« Paterson » n’est pas que le nom du dernier film de Jim Jarmusch ou du personnage principal : c’est aussi celui de la ville fort calme qui a inspiré William Carlos Williams, poète à la Bukowski (en prose rythmée), dont un homage indirect lui est ainsi rendu, ainsi qu’à la poésie ordinaire, mélancolique et triviale du quotidien. Paterson, poète amateur, conduit son bus dans les rues de Paterson, et il ne se passe rien. À un moment, c’est le bouleversement le plus total : le bus tombe en panne ; mais tout rentre rapidement dans l’ordre. Le ménage à trois des personnages principaux du film s’établit avec la femme de Paterson, sorte d’antenne empathique qui colorie tout ce qu’elle trouve en noir et blanc, et le mini-bouledogue Marvin (auquel le film est dédié, donc « feu la chienne » serait plus correct), qui établira à la fin une allégorie de la disparition et de l’éphémère grâce à son appétit pour les belles lettres et le carnet qui les contient. Autant dire que c’est aussi contemplatif qu’un Jarmusch ordinaire. Il faut se laisser bercer.