40 ans, ça se fête. Alors on fait même venir les potes pour faire un énooooorme choeur. Mais il faut un apéritif, et ménager des cordes vocales : alors comme c’est l’année Dutilleux, en hommage, l’orchestre de Paris en colle un assez original (comme le reste de la soirée), avec timbales devant et clavecin en renfort, Deuxième Symphonie, « le Double », mais qui se trouve malheureusement totalement écrasé, malgré sa demi-heure, après l’entracte, par les deux oeuvres suivantes.

Parce que si l’orchestre reste tout aussi fourni, se ramène un choeur dément, avec les gosses qui remplissent une bonne partie des places des deux côtés, trois rangées encore sur l’orchestre alors que l’arrière-scène est déjà bondée, bref de quoi faire décoller les décibels, pour une création d’oeuvre, spécialement commandée par l’orchestre pour l’occasion, dont on se demande bien ce que ça pourra être — « La Lumière et l’ombre ». Qui est ce Philippe Hersant ? D’ailleurs, il était dans le public, indétectable. Ça commence par des cadences de violoncelle et contrebasse qui posent une atmosphère grave, empruntée à du Wagner ou à un requiem de Brahms, et puis très rapidement ça devient fabuleux pendant douze minutes à peine, sur un texte mystique alambiqué en allemand. On en est totalement retourné. Une expérience extraordinaire.

Christian, avec qui j’ai pu me replacer, me fait cette remarque intéressante : c’est beaucoup mieux que Dutilleux, on peut quand même faire des choses de nos jours qui sont très belles. Cette comparaison me semble néanmoins un peu hâtive : ça n’a rien à voir ; mais justement, Dutilleux créait du nouveau, alors que Hersant recycle (magnifiquement) de l’ancien. Et on peut se demander : l’Histoire le retiendra-t-il ? Ce serait dommage de perdre ce chef d’oeuvre objectif, qui n’apporte cependant rien de clivant à l’existant (dans ma constance, je note que j’avais déjà fait des remarques en ce sens il y a 8 ans !). Et cette question est d’autant plus pertinente, à mon sens, quand on considère ensuite le fantastique « Te Deum » de Berlioz qui suivait, pendant plus d’une heure, mais qui comme originalité disruptive se résumait à l’emploi de trois tambours, et que je découvrais donc totalement. L’Histoire est peut-être injuste — mais parfois, au fil des siècles, on redécouvre des choses et une centaine d’années ne sont plus rien, vue de loin. Je ne connaissais pas donc pas cette oeuvre, et c’était un tort. Réellement magnifique, sur 50 minutes, c’étaient là aussi des conditions d’écoute idéale, qui pour une fois (encore, mais ça reste rare) ont justifié la Philharmonie.