Toujours avec mon problème non résolu des places disparues (ou jamais apparues ?) du théâtre de la ville, je découvris à mon fort désarroi que l’espace Pierre Cardin est une énième extension de grand luxe de l’institution parisienne. Qui me fit rapidement comprendre qu’on ne rit pas avec le soviet : à la billetterie, la jolie guichetière est inflexible, de duplicata il n’y aura pas. Et de moyen alternatif non plus. Il est toujours agréable, pour un abonné de 10 ans ayant dépensé quelques petits milliers d’euros, d’être suspecté de contrebande. Car c’est bien là la raison de ce refus catégorique des petites gens de la bureaucratie. Fort heureusement, je l’ai assez apitoyé (ça sentait fort le FJ du MBTI, il faut jouer sur l’empathie…) pour obtenir le numéro et le nom de la responsable. Qui évidemment, à l’heure fort tardive de 19h00 passées, n’était plus joignable. Finalement, me renseignant sur qui était responsable de tout le staff auprès d’un ouvreur, je vis une dame plutôt âgée et rationnelle me faire sans soucis un pass, à la main et avec amour, maugréant de ce que les guichetières m’avaient laissé dans un tel embarras (d’autant que, parties, elle ne pouvait plus vérifier ma probité sur l’ordinateur).

Forcément, si la souris avait entretemps revendu sa place, je ne pouvais plus en faire de même. C’est qu’on avait entendu quelques horreurs à propos de ce « Letter to a Man » signant le retour du duo Bob Wilson/Mikhaïl Barychnikov, qui oscille entre le bien et l’horrible. Cette fois, c’était plutôt médiocre, en fait. Arrivé forcément à l’arrache dans cette salle un peu bidon, où l’on voit surtout la tête de sa voisine de devant, j’ai mis un peu de temps à comprendre que c’est du journal de Nijinski à propos de lui-même — ça expliquait tout à coup la camisole du début.

L’idée de répéter à l’envi des bouts de journal (qui a aussi inspiré un autre spectacle, à Chaillot, récemment, avec Bribri, qui apparemment n’était pas une grande réussite non plus), qui n’ont généralement ni queue ni tête, donne une sorte de sous-Philip Glass plutôt moyen, pas vraiment horrible (on ne se fait pas trop agresser visuellement — malgré quelques changements abrupts de lumières —, ni auditivement — par les claps), mais pas palpitant non plus. La plus jolie scène est celle avec du Arvo Pärt, très poétique ; la plus surprenante est celle avec la chaise à l’envers en l’air ; et puis Barychnikov, toujours aussi maquillé, bouge bien. Mais ça ne valait clairement pas le pognon mis dedans. 1h10, fallait pas plus.