Cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait eu un Lohengrin à Bastille, et celui avait bonne presse. Face A, Jonas Kaufmann ; face B, Stuart Skelton. Et plein d’autres combinatoires encore : à peu près personne n’a pu écouter deux fois la même distribution — un anti-mauvaises-critiques-potentielles ? Martina Serafin en Elsa, Tomasz Konieczny pour Telramund et Michaela Schuster en Ortrud, en comptant bien. Philippe Jordan dans la fosse.

Ce n’était donc pas une distribution à faire venir les foules pour la somme modique de 210€. L’occasion de se retrouver, pour 35€, au rang des stars, avec une souris éduquée (enfin !) au Wagner. Il y avait la belle mise en scène dépouillée de feu Nikolaus Lehnhoff, il y aura la mise en scène très oubliable Claus Guth. Je ne vois pas à quoi ça sert de refaire les choses en moins bien. Rien à fiche de la modernité de l’ancien ou je ne sais quoi : c’est très bof, et même ça vire rapidement au carrément pauvre, notamment avec l’absurde arrivée et départ de Lohengrin en position couchée, faute de pouvoir nous sortir au moins un schwann à roulettes. Bordel, ça parle de cygnes et le mieux qu’on a, c’est une marre au canard où Telramund va finir par se faire assommer à coup de buche par notre Lohengrin bidonnant pied nus dans l’eau. Flop flop. On voit pas trop ce qui est compliqué dans l’affaire. Ils feraient mieux de m’embaucher, à l’opéra de Paris ; je suis sûr d’être moins cher, en plus.

Notre brave ténor, un peu faible à la fin, était très convenable dans l’ensemble et a bien assuré le rôle, comme ses collègues. Il n’avait cependant pas la tête de l’emploi, et c’est sûr que comparé à Kaufmann, quitte à claquer deux journées de salaire d’ingénieur, on comprend que le public air préféré ce dernier. Mais Lohengrin, c’est bien et bon.