Je soupçonne Paavo Järvi de choisir ses orchestres en fonction de la contre-bassoniste. Mais avant de m’apercevoir que c’était la plus mignonne de l’orchestre du NHK, un peu par défaut certes, j’étais au dernier rang pour cause d’arrivée un peu tardive (il faut dire que ça bouchonnait sévèrement à l’entrée). Peu importe, mais il y a eu la dame grabataire qui est arrivé après les premières mesures Ô combien délicates du concerto pour violon de Sibelius, interprété par la Ô combien délicate Janine Jansen. Mais c’est surtout vers la moitié de l’oeuvre que je me suis dit que les Japonais ne se départissaient décidément pas de leur fétichisme photographique. Sauf que ce que je pensais être une petite japonaise totalement rivée derrière son imposant objectif à trépied, prenant pensais-je trois portraits de chaque interprète — tous Japonais, l’immigration est toujours quelque chose d’inconnu là-bas —, était en fait Anne ma soeur Anne. Paavo voulait se faire tirer le portrait — de dos ?

Pour se consoler de ce très beau Sibelius où la violoniste a un peu surclassé l’orchestre, faut-il avouer, un Bach-bis règlementaire. Et la robe incandescente de Janine disparut avec elle — et le téléobjectif de Anne aussi. Apercevant Serendipity et Andante con anima au loin, une belle brochette de place idéalement positionnée pour observer des violonistes s’est avérée désertée : occasion idéale de replacement, d’autant qu’un couloir permet d’être moins stressé par la toux naissante. Et d’aussi près, cela donne l’occasion de mieux apprécier un orchestre talentueux avec la 15ème symphonie de Chostakovitch. En tout cas, on serait bien aise chez nous de jouer aussi bien de la musique japonaise ! Le chef peut s’en donner à coeur joie sur les « pom pom pom » — sa spécialité. Aux applaudissements, il tente de faire comprendre par le mime à l’orchestre de se retourner pour saluer l’arrière-scène, mais ça marche moyennement. Finalement, ça donne l’occasion d’un moment de complicité. Tout comme à la fin du rappel, une très belle valse triste de Sibelius. Le public retient religieusement son souffle, pour une fois : le chef nous fait signe qu’on peut respirer.

La souris pensait Paavo Jarvi descendu du toon, mais serait-il en réalité un manga ?