Il serait mentir que de dire que l’enterrement de ma grand-mère, le premier auquel je n’aie jamais assisté (mon grand-père paternel étant décédé quand je n’avais que cinq ans environ, et mon arrière-grand-mère quand j’étais trop occupé au lycée ou en prépa — je me souviens très bien du coup de fil, c’était je crois ma grand-mère paternelle ostracisée, que mon père avait transféré dans le salon alors que je travaillais, et il était parti ensuite se réfugier dans la salle de bain, le seul temple d’intimité qu’il reste par convention dans la vie familiale extravertie). Bref, contrairement à mes parents, qui venaient dernièrement (deux ans ? Je perds la notion du temps) de perdre un ami chez qui ils logeaient encore peu avant, je n’avais pas encore eu l’heur d’être présenté à cette séquence, et cette expérience ne me manquait absolument nullement. En même temps, la peur vient souvent de l’ignorance et du refoulement. Peut-être.

Alors je me suis dit : est-ce bien la peine de se morfondre en groupe (ça me lourde, le groupe… Et ma mère qui décidément ne comprendra certainement jamais l’introversion, mais sans reproche : « pourquoi te tiens-tu à part ? »), ou n’est-il pas du devoir du défunt de préparer de quoi animer la cérémonie — surtout quand on la veut laïque et sans texte à trou ? J’ai toujours dit qu’il était plus difficile de réussir sa mort que sa vie — prenez Prokofiev, par exemple, si ça c’est pas un manque de bol… Déjà, premier effort contradictoire, il faut à la fois être prévoyant et original — deux types de comportements dont la psychologie s’oppose, mais ce serait bête d’être pris de court ou d’avoir perdu sa tête avant d’écrire le discours et le déroulé du show. Ensuite, il faut tout préparer, avec une minutie de détails, pour une date a priori incertaine — quand on voit le bordel que c’est pour un mariage, on comprend vite le problème et les moyens à pré-engager pour les festivités. Enfin, il faut l’alignement des circonstances, et comme en affaires, la chance se travaille très en amont. Autant dire que ce n’est pas gagné. Il y en a qui s’y sont pris à plusieurs fois (regardez Napoléon…).

Il n’empêche que je n’ose trop imaginer la tête de mon épitaphe à trous, surtout s’il est laissé à je ne sais trop qui de compléter le questionnaire (on pourrait plutôt parler de « il n’aimait pas le handball et les endives cuites », parce que personne ne mettra jamais au programme ces deux grands plaisirs ultimes qui font le sel de la vie, le but de toute existence, et constituent par ailleurs le meilleur moyen d’assurer son état introverti en évitant de disséminer inutilement son capital génétique pour perpétuer le même bordel : la sodomie et l’éjaculation faciale). L’affaire est tellement complexe qu’elle va au moins m’occuper l’esprit en perruque (avec une priorité faible, certes) pour les cent prochaines années. Au moins !