Avec ses vues à la Blade Runner, on sent que Rupert Sanders n’a pas fait que repomper Mamoru Oshii pour ce remake filmé de « Ghost in the Shell », pourrait-on dire, ce remake synthétique des deux intrigues des volets de l’animé cinématograhique — les meilleurs, je trouve, n’ayant pas trop accroché à l’animé Stand Alone Complex qui souffrait des mêmes problèmes que cette adaptation, qui après tout revient aussi à l’oeuvre manga originale avec la séquence à caractère lesbo-érotique. On y ajoute un prequel introductif qui explicite un peu trop, travers hollywoodien. Même si ce sont des Chinois qui sont notamment à la prod (eh oui… D’où skylines et rues, et cimetière, à répétition de Hong Kong, et me semble-t-il aussi de Shanghai ?), le reste de Japonais étant incarné par Takeshi Kitano, en VO s’il vous plaît, pour un rôle qu’il sait parfaitement incarner.

Dans la salle, il n’y a pas que des fans de Scarlett Johansson, qui cumule sur son CV les rôles du genre — techno-futuriste, robot-alien, incarnation du désincarné, et évidemment souplesse de bataille. Si vous voulez embaucher un devops, c’est le bon plan : geekland est en virée en grappes au ciné. Il déguste, j’espère, la référence glissée à Avalon (devenu un quartier). Il est probablement déçu que la synthèse du puppet master et du dénouement de « GITS: Innocence » soit aussi coïncidenciel que ça — ça grossit la ficelle, alors que Ghost in the Shell ne devrait être que finesse philosophique. Les questionnements sur l’être ne trouvent résolution que dans un arc moral final (sur fond de Mama morta d’Andréa Chénier par Callas, décidément que de coïncidences !), bien loin de Descartes tant cité dans le second opus, et évacuant les longs moments contemplatifs du premier, tout en étant plus long au final — un peu comme le générique, qui escamote le fameux thème. Il faudrait quelqu’un avec un regard neuf pour tester.

L’exercice est toujours complexe, et avec toute la bonne volonté du monde, même en convoquant Juliette Binoche, même en moulant Scarlett qui quoique non physiquement très crédible en Motoko demeure appétissante même en mode invisible (très beaux effets spéciaux), évitant les écueils d’Avalon et Casshern qui en avaient fait des oeuvres très confidentielles (que j’ai en DVD depuis longtemps après avoir vu au ciné au moins le second), on est peut-être un poil déçu de tenir une certes bonne oeuvre, mais clairement pas un chef d’oeuvre, malgré le matériaux de départ.