La Côte d’Ivoire : quelle idée, m’étais-je dit juste après avoir réservé, depuis Alger… Combien de fois n’ai-je essayé de repousser ou annuler ce déplacement ? J’ai vécu une vraie courbe de deuil. Et puis vaccins, visa, c’est parti pour l’aventure… Le vol était pas cher, l’hôtel optimisé sur les bas coûts — erreur cependant de localisation, non que le quartier populaire est antipathique, mais il rajoute 30 minutes d’inutile transport dans les bouchons le matin et soir. Ça commençait particulièrement très mal, avec le e-visa qui était une vraie fausse bonne idée. Ce serait agréable que quelques uns vous parle d’avance de ce type de problèmes, je trouve… Bref, quand on arrive, il faut faire le visa sur place, ce qui prend une éternité. Car voilà, l’Ivoirien est Africain, et il est donc mou. Très mou. Horriblement mou.

Mais l’Ivoirien a deux caractéristiques : déjà, il est terriblement sympathique. Du moment qu’il n’est pas dans une voiture, du moins, car là il ne répond plus de rien. Mais sinon, c’est l’adorabilité incarnée. La deuxième caractéristique qui n’est sûrement pas étrangère au fait qu’avec seulement 25 millions d’habitants, c’est 40% du PIB de la région et une des économies les plus dynamiques de la région, c’est que le local s’est adapté à sa propre notion particulière du temps : il faut se prendre à l’avance. Voilà chose complexe pour ma personne. Comme il faut 30 minutes pour faire des pâtes, il faut les commander une heure avant ; le petit déjeuner la veille ; on part aux rendez-vous 1h30 avant pour compenser les embouteillages (et donc le chauffeur arrive encore bien une heure avant…) ; etc.

On se demande comment avec autant d’argent, dont je me demande toujours d’où il peut venir pour être honnête, on peut vivre dans un tel environnement : si l’on compare les mêmes tropiques avec Bangkok ou Ho Chi Minh, Abidjan est très loin du compte. Autre surprise : il est donc possible de vivre encore plus dans la décharge généralisée qu’à Alger. Des déchets partout. Les routes aussi sont souvent défoncées. C’est apparemment une vieille tradition. Il y a un certain laisser-faire surprenant. Tandis que l’on rencontre des personnes d’une intelligence extrêmement remarquable, plus encore que partout ailleurs. Vous entrez en un lieu délabré, et vous découvrez un double-docteur, un chef d’entreprise hyper-performant, un beau niveau d’étude, du logiciel que même les Américains survalorisés n’ont pas (et de loin), que sais-je encore…

Si en Côte d’Ivoire l’habit fait le moine — costume cravate obligatoire chez les hommes de bonne tenue malgré les températures insoutenables, et ensemble très élégants pour les femmes, le tout dans la déchetterie ambiante —, il ne faut certainement pas se fier à l’aspect des choses, au mieux inachevées, au pire délabrées. Sous les façades peu avenantes se trouvent quelques pépites, et pas qu’un peu ! Je ne sais vraiment pas ce que cela donnera. À Yamoussoukro, on se rend compte que rien n’est vraiment fait depuis longtemps (mis à part un bâtiment de l’Unesco réellement impressionnant, qui peu de loin compléter le palais présidentiel, le seul jusque là à trancher le « village »/bidonville généralisé, derrière les crocodiles — il paraît qu’il y a des écoles impressionnantes un peu plus loin, je m’en suis voulu d’avoir raté ça, d’autant qu’à 6 heures de route pour 150€ environ, on ne fait pas l’aller-retour bien souvent). Et la basilique bien vide est à moitié en panne. Et en même temps, tout est là pour une éclosion comme en Asie du Sud-Est. Une croissance que l’on rêve à deux chiffres, des salaires très comparables, peut-être que dans dix ans, ce sera exceptionnel. Ou peut-être pas.

Ce qui est sûr, c’est que si c’est compliqué de tomber amoureux de la Côte d’Ivoire (malgré quelques touristes manifestement très moutiscophiles), il n’est guère difficile de tomber amoureux de l’Ivoirien. Et rien que pour ça, outre le business impressionnant qui se profile, ça vaut bien le coup d’y participer — et probablement même d’y retourner bientôt…