Un étrange film, à la construction « perceptive » (pour un reprendre un vocabulaire très MBTI), où récit et réalité se mélangent bon nombre de fois, l’un dans l’autre et chronologiquement. « Les fantômes d’Ismaël » d’Arnaud Desplechin, avec un Mathieu Amalric brouillon dans le rôle d’Ismaël, ce sont les tourments passés et présents d’un homme un peu trop sentimental pour supporter tout ce qui lui arrive. Marion Cotillard a disparu depuis vingt ans, et Charlotte Gainsbourg a pris sa place depuis deux : on y gagnerait au change si les spectres n’avaient cette désagréable tendance à la réapparition. C’est souvent trop théâtral (notamment chez Laszlo Szabo) pour être parfaitement crédible, et ça sent la biographie microcosmique, abordant peut-être trop de thèmes pour ne pas se perdre un peu (à escient ?), notamment une thématique fraternelle (Louis Garrel rasé, mode ours) entre diplomatie et espionnage qui ne trouve pas d’aboutissement, mais comme c’est intelligent on y trouve son compte, au fil d’un 15ème quatuor de Beethoven qui fait toujours son effet. Il paraît que la version longue est meilleure parce qu’on y est encore plus paumé — les personnages et les spectateurs. Pourquoi pas.