La guerre est le lieu où se joue la vie et la mort, on ne saurait le traiter à la légère, comme dirait Sun Tzu. Pourtant, de légèreté, le grand Christopher Nolan, qui a prouvé par sa cinématographie être certainement le réalisateur-scénariste le plus intellectuel qui soit, s’en fait clairement taxer pour avoir omis de montrer dans son dernier film « Dunkirk » les bataillons coloniaux, Indiens en tout premier lieu — du « white-washing ». Certes, on aura remarqué quand même qu’à vue de nez il n’y avait pas 500.000 personnes représentés, et comme le faisait remarquer un commentaire sous l’article, on n’y voit pas non plus les 49 destroyers impliqués, mais à peine un seul (ou deux). On est même allé jusqu’à chercher du côté du Brexit, à plusieurs reprises. Ouais.

Ces interprétations biaisées et fort sentimentales, pas bien analytiques et encore moins rationnelles, m’ont fortement rappelé les reproches faits à Swan Lake, sur le fait que la vie des danseurs, ce n’était pas ça. « Dunkirk » n’est pas plus un documentaire sur la guerre, même s’il s’inspire d’un fait historique. C’est une expérience d’immersion, un first person shooter où l’on se fait le plus souvent shooter. Le personnage principal essaie tout le long du film de chier tranquillement — et n’y arrive pas. C’est l’histoire de jeunes gens à peine pubères qui se retrouvent embarqués comme chair à canon et qui veulent surtout sauver leur peau — d’où la peur et l’incompréhension quand il rentrent chez eux. Alors peut-être que finalement, le plus gros défaut du film de Nolan, c’est justement son réalisme, qui fait qu’on lui reproche ce qu’on ne reprochait pas à d’autres films de guerre (je voyais peu après sur TCM Cinéma Le Pont de Remagen, qui retrace les deux côtés américain et allemand, auquel on n’a pas fait ce genre de critique, par exemple). Les partis pris sont en plus assez évident dans un film qui ne montre pas un visage allemand, où l’on ne personnalise point trop, où l’on meurt toujours en un seul morceau et où dans une scène de groupe au fond de la cale d’un petit bateau, on finit de tuer toute illusion d’héroïsme (et il ne valait mieux pas qu’il y ait un Indien dans le groupe, si l’on ne voulait pas recevoir des accusations de racisme…).

Bref, oublierait-on qu’un film est un film, parmi notre intelligence collective éduquée ? Petite astuce : dans un film, par exemple, il y a de la musique de film — particulièrement oppressante chez Nolan —, alors que dans la vraie vie, non. Avec les contresens extraordinaires réalisés sur The Circle, sur la même période estivale, on se pose de grosses questions sur les capacités de compréhension. C’est quelque chose que de faire des critiques, mais encore faut-il que ce soit un minimum légitime. Faire dire quelque chose qui n’est pas dit, puis trouver que ce quelque chose est absurde, voilà une méthode pour le moins curieuse, pour ne pas la qualifier de bien pire en terme de malhonnêteté intellectuelle… Heureusement, les commentaires du Guardian sont autrement plus intelligents (une constante différence, d’ailleurs, entre les journaux en ligne français et leurs homologues britaniques, ai-je remarqué).