« The Circle » est le film le plus sous-estimé depuis un bon bout de temps. Pour faire simple : personne ne semble y avoir rien compris, ce qui est franchement inquiétant pour le niveau intellectuel général, qu’on savait certes pas bien élevé, mais quand même pas aussi lamentable parmi même les critiques de cinéma qu’on pourrait espérer un peu plus éclairés. Au moins ont-ils perçu les références à Big brother et à The Truman Show. Mais ils ne vont pas jusqu’au bout de la pensée, là où James Ponsoldt et Dave Eggers ont voulu emmener un sujet-spectateur qui ne fasse pas de grossiers contresens (l’accusation de positivisme étant le pompon…).

Emma Watson campe avant tout une parfaite idiote utile d’un système idéologique débouché du libéral-libertaire issu des lumières, du positivisme et de la Silicon Valley ex-hippie dont on perçoit de plus en plus la pensée téléologique de pouvoir reféodalisant (thème très bien exploité dans le film, à travers le challenge incessant face à l’État, et le siphonnage de ses prérogatives où il est faiblard — la santé, le vote, la sécurité…), sous couvert de bons sentiments. Là aussi, les deux compères à l’origine du film ont très bien réussi à déconstruire (comme on dit) l’idéologie sous-jacente de ces firmes qui s’apparentent en réalité à un fonctionnement sectaire (excellentes scènes avec Karen Gillan progressivement essorée, et celle avec le couple insupportable de GO qui viennent reprocher, mais sans le dire explicitement, qu’on a une vie privée en dehors des activités organisées par l’entreprise — c’est du Grisham hippie, la SV).

Tom Hanks, à ce niveau, a tout bien perçu de l’attitude des fondateurs-révolutionnaires-gourous du milieu, notamment au cours des keynotes (l’originalité stéréotypée par excellence). On n’est en revanche pas totalement sûr que Emma Watson, qui a toujours cette tendance très sentimentale à vouloir sauver le monde, ait bien pris la mesure du rôle qu’elle campe donc avec une naïveté parfaitement adéquate. Sa rencontre fortuite avec John Boyega (Ty) devait lui ouvrir la voie de la sagesse et de l’esprit critique (c’est l’INTP du film), mais glissant de plus en plus sur la pente avant de se ressaisir suite aux conséquences dramatiques (mais Ô combien prévisible pour qui sait penser, c’est-à-dire personne), les réalisateurs-scénaristes n’en choisissent pas moins une fin encore plus glaçante, sans y paraître, que 1984, car le lavage de cerveau est bien généralisé : comme je le dis toujours, la Stasi l’a rêvé, Facebook l’a fait — parce que le sujet accepte volontairement son état, en toute liberté dictatoriale, avec moult bons sentiments d’enrobage. Au final, on prend en charge l’individu et la souris a vu dans le logo « C » sur fond rouge une parfaite allusion à l’URSS.

Certes le film n’est pas de la grande réalisation, parce qu’il veut faire la part belle à la tech, et qu’il se heurte à des écueils bien connus (il me semble que Her avait un peu le même soucis, je n’arrive plus bien à remettre en contexte ce sentiment déjà éprouvé devant un film). Ils échappent au gnan-gnan qui les guettaient, et n’imposent rien explicitement pour laisser au spectateur le soin de la réflexion. C’était un pari risqué et manifestement non-payant. On en reparlera peut-être dans quelques années, quand les âmes au neurone faiblard s’apercevront qu’il est trop tard…