Un remake d’un film très côté, et sans trop le citer nulle part, voilà qui était osé de la part de Sofia Coppola, qui s’est attirée quelques foudres par là-même des plus cinéphiles — et de ceux, plus rares encore, qui ont lu l’original de Thomas P. Cullinan (1966). Mais la presse féminine comme Cannes qui a décerné un prix de la mise en scène ont été bien plus séduits par ce nouveau « The Beguiled » (Les Proies), cependant alors sans faire référence au Don Siegel de 1971, que j’avais vu un an auparavant sur Arte, par un heureux hasard.

De cette nouvelle version lissée et ambigüe par son manque d’ambiguïté, je dirais que c’est pas mal (qualificatif honni par ma prof de développement personnel), mais on est effectivement loin du film noir brutal, chargé, cynique, violent, porté par Clint Eastwood. Colin Farrell fait beau gosse un peu disputé par un gynécée d’exception — Nicole Kidman, Kirsten Dunst et Elle Fanning aux avant-postes —, en mode fleur-jupon éthéré et gazeux, à qui Coppola semble toujours trouver un contre-poids quelconque à leurs actions, histoire de ne pas trop prendre parti, et adopte d’ailleurs plutôt le point de vue féminin en général (on ne se refait pas !), tout en suivant pourtant bien strictement le déroulé des évènements.

Comme tout le monde est doué, qu’on a une Kidman à la fois magnifique et statique (attaque au botox…), une Dunst qui a mûri (dans tous les sens du terme), une voluptueuse Fanning sous-employée, et quelques gamines prometteuses, l’allégorie magnifiée dans un bain de lumière et une grande bâtisse blanche donne quand même quelque chose.

Mais clairement, ça ne fait pas vraiment le poids face à l’original…