Mathieu Amalric invente le biopic fusion comme il y a la cuisine fusion. Pour parler de l’immense Barbara sans tomber dans la biographie balisée usuelle, il se tente à la mise en abyme, qui est à force elle-même devenue une tarte à la crème narrative pour qui veut faire original — la contradiction des originaux qui finissent par faire la même chose, en somme. Et frôlant la métalepse, il intervient dans son propre film pour se perdre et nous perdre, à escient peut-être, mettant en oeuvre l’impossibilité physique d’incarner une telle icône qui forcément se dérobera toujours, comme on doit mettre en scène le vide, mais enfin cela ressemble souvent au final à une agrégation sans queue ni tête, où l’on ne sait plus trop où on est, qui est qui, ce qu’on fait. Déstructuré jusqu’à perdre toute consistance : le biopic fusion. Poétique, cependant, et un peu émouvant car on y devine l’hommage d’un artiste à une autre. Mais une expérience pas forcément bien contrôlée qui divise cruellement la critique : une occasion manquée, quand même. Restera une interprétation franchement formidable de Jeanne Balibar, interprétant elle-même interprétant souvent Barbara, qu’on ne distingue parfois plus des archives que par son nez (et encore, je soupçonne quelques prothèses trompeuses, mais comme je disais, ce film nous perd totalement).

Cf aussi cette fort bonne critique qui me semble aller dans le même sens que moi (et a le bon goût de citer du François Jullien).