Il faut bien avouer que traduire « Gifted » en « Mary » était quelque peu nécessaire pour avoir une chance d’être retenu par le public francophone. Le titre est dans tous les cas réducteur, peut-on se dire finalement. Mary (incroyable Mckenna Grace) est une petite fille sur-intelligent et absolument irrésistible, car déconcertante de naïveté bienveillante. Une ode à la reproduction sexuée : on m’en promet une comme ça, je commencerait à y réfléchir vraiment. Mais évidemment, par le biais masqué de tout parent, ici exacerbé par le miroir grossissant : l’enfant comme continuation de soi, de préférence amélioré. Le mythe de l’immortalité par procuration démasqué. La grand-mère de Mary (Lindsay Duncan) n’en avait pas grand chose à fiche de sa petite fille avant de découvrir son potentiel : celui de lui succéder.

Mais aussi celui de succéder à sa fille, la mère de Mary, autodétruite. Car c’est l’autre thème du film : la malédiction de l’intelligence. Les superpouvoirs se paient. C’est toute la vision d’un oncle Frank (Chris Evans) devenu cynique mais (et) bon, en voulant privilégier le développement personnel de sa pupille, plutôt que d’en faire du jus de cerveau pour le bien de l’humanité, une dette implicite qu’aurait tout être muni de pareils moyens, mais à terme destructrice, consumant l’individu sur l’autel du progrès chimérique pour tous. Frank s’est d’ailleurs sacrifié, lui-même, par un choix délibéré salvateur. Il a refusé de vivre à travers autrui et ce que les uns nomment échec ou gâchis, représente pour lui une forme d’accomplissement dont il ne cesse de douter.

Telle est la complexe vie de ce qui sont frappés de l’illumination d’un savoir par essence toujours parcellaire. Le paradoxe de cette équation relevé de manière aussi intelligente que le reste du scénario à la fin du film. Marc Webb (de « (500) jours ensemble » et deux Spiderman) signe de très beaux portraits, dont celui de l’institutrice Jenny Slate, et signe un conte moral pertinent et attachant, humble et intelligent, avec beaucoup d’ironie. La morale n’est-elle pas que tout est vanité ?