Dans les chaises musicales des rôles, seuls changements lors de cette trilogie monterverdienne de Sir John Eliot Gardiner rendant hommage au shakespearien Peter Hall avec le Monteverdi Choir et l’English Baroque Soloists, on s’est retrouvé avec le contre-ténor Kangmin Justin Kim dans le rôle de Néron, ce qui était mieux que son petit rôle dans l’Orfeo pour juger de sa réputation. Mais de fait, ses attributs physiques, dans cette Incoronazione di Poppea, ont tôt fait souffler ma voisine (dont les velléités ninjas modérées nous ont poussé encore une fois à un second balcon relativement vide, certes moins que la veille, mais guère plus) : on dirait Kim Jong-un en Néron. Fou rire étouffé. C’est vrai que je me suis demandé s’il allait lancer un missile contre Sénèque. C’est mal.

N’empêche que outre ce réalisme inattendu, être follement amoureux de Hana Blažíková, en Poppée (et Fortuna parfois, pour pousser l’allégorie jusqu’au bout), est tout à fait crédible, même si c’est un personnage épouvatable. Moi aussi, je donnerais mon royaume à Hana. Moi aussi je virerais cette Ottavia qui a mal tourné (Marianna Pizzolato, mezzo-soprano). Bon, je liquiderais quand même pas le pauvre Seneca (Gianluca Buratto, basse, qui nous a manqué après l’entracte). Et puis ce pauvre Ottone délaissé (Carlo Vistoli, contre-ténor aussi, excellent)… Et cette pauvre cruche de Drusilla (Anna Denis, qui fait aussi Virtù, parce que cruche jusqu’au bout, mais bonne quand même).

Une excellente oeuvre qui pallie les déficit d’Ulisse, tout en restant certes un poil trop longue, maladie baroque qui durera longtemps. Dans tous les c’était une très bonne idée d’enfiler les trois oeuvres (même si commercialement, ça n’a pas forcément aussi bien marché que prévu) : on peut ainsi mieux mettre en perspective et voir l’évolution du paléopéra baroque. Cette oeuvre plus mâture, pose réellement toutes les bases du baroque à venir : l’intrigue, le déroulement, l’alternance des oratorios, etc.

Et puis c’est la dernière fois qu’on peut rendre hommage à une mise en espace sympathique et intelligente, toujours d’Elsa Rooke, avec de très beaux costumes (encore Isabella Gardiner et Patricia Hofstede ?) : finalement, c’est bien meilleur ainsi que lorsqu’on est souvent affligé d’une mise en scène. Quel plaisir ! Quelle Hana Blažíková !