120 battements par minute est le film le plus apprécié à la fois de la critique et des spectateurs en ce moment. Il faut dire que Robin Campillo, spécialiste du reportage-fiction depuis Entre les murs (Palme d’or en 2008, quand même), sait mener sa barque, et qu’il est aidé par une belle brochette de gay comédiens, dont une Adèle Haenel au naturel (c’est-à-dire garçon manqué un peu grunge aux cheveux longs). Dans les années 1990, Act-up (soutenu par feu Pierre Bergé, remercié au générique) est une bande d’activistes dans toute sa splendeur, qui passe autant de temps à se bouffer le nez qu’à faire des actions à l’utilité assez contestable. C’est que le Sida est quelque peu passé sous silence, à l’époque, tandis que le « cancer gay » sévit encore. Alors on ouvre la chasse au Big Pharma — totalement puéril. On intervient à l’incruste dans les écoles — très bonne idée, mais on est à peine à quelques années du brain washing que j’ai pu subir, donc pas bien certain que c’était là bien déterminant. Et puis on a quand même la vraie raison du problème : la communauté LG (on n’a pas encore les -BT en suffixe) ne veut pas entendre raison, résiste, refoule, et fait n’importe quoi. Après tout, dans les revendications, ne sort-on pas de manière bien naturelle qu’on « aimerait connaître les effets des extas sur la thérapie » ? C’est la quête du droit subjectif opposable à la vie à tout prix, quand elle commence à s’échapper après avoir merdé — on peut comprendre la colère quand on était si peu informé, certes, mais une forme d’irresponsabilité émane de cette jeunesse qui ne veut pas vieillir, qui vit dans la contradiction permanente.

La colère, la révolte, et puis l’inévitable mort qui frappe. Un film un peu long mais fort bien rendu par ses acteurs (trio Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et Antoine Reinartz), représentant l’acte militant avec ses forces et faiblesses intrinsèques, et la justesse du sentiment. La projection a connu une interruption de plus d’une demi-heure (coupure de courant dans le quartier) : dans la salle, on a accueilli les nouvelles comme les militants dans leurs assemblées nocturnes, avec des « sssshhhh » et des claquements de doigts. Claquements de doigts pour le film, donc.

Mit souris