Le redoutable retrace à travers les yeux d’Anne (Wiazemsky, qui en a écrit le bouquin adapté), un peu Jean-Luc (Godard) et beaucoup Michel Hazanavicius, l’autodestruction par le paradoxe de l’encensé Godard : celui qui passa avec brio du génie au sale con inutile. Il y a une époque bien marquée, les années 1960, où l’absurde inventif fuse de tous côtés. Godard, suite au bide de la Chinoise, sûr de la révolution qui s’annonce, entame son autocritique qui tourne de plus en plus à la détestation de soi et des autres — une habitude chez ceux qui veulent sauver le monde. Hazanavicius arrive à faire ressortir toute l’ironie des situations — comme ce moment où, en plein blocage, Godard trouve ahurissant qu’il n’y ait plus d’essence, cette chose si naturelle… Il dresse un portrait aigre des révolutionnaires hors sol tout évitant le procès antistalinien. Il va jusqu’à remercier Godard dans le générique, alors qu’apparemment il n’a pas tenté de le contacter — ce qui aurait de toute façon été un échec.

Et surtout, le réalisateur exploite impeccablement Louis Garrel et Stacy Martin — nue, en gros plan, etc., un régal oculaire. Ces deux-là, complétés de Bérénice Bejo et Gregory Gadebois, mènent tout le film. Godard voulait inventer un nouveau cinéma qui ne soit pas celui, bourgeois, de la nouvelle vague, dans son idéologie gauchiste extrémiste : échec total. Hazanavicius, sans doute le réalisateur le plus éloigné qui soit du révolutionnaire politique (parlons-lui droit d’auteur pour voir…) multiplie les inventions de mise en scène et les pieds de nez. L’ironie est ainsi autant sur le fond que sur la forme, dans ce portrait croisé d’un couple en décomposition, dans ce portrait d’une époque vintage en carton pâte. Slogans sur la forme, mais au final, si on s’empêche d’avoir du plaisir parce qu’il y a des souffrances dans le monde, si on s’embourbe dans les fameux juifs nazis, si on se coupe du monde pour se couper de soi-même, on reste bien jaloux de sa jeune et jolie femme comme un vieux con. C’est l’histoire d’un sentimental névrosé par sa culpabilité d’exister. Ce n’est pas courant de voir une nécrologie du vivant ; on ne sait pas trop si c’est un hommage à un mythe déchu avec un ton décalé. Mais en tout cas on s’amuse bien.

Mit souris.