Où trouve-t-on des places ? Les annonces sont quasi-nulles, une vague semi-affiche dans le métro. Et pourtant, l’Astana Ballet est bien annoncé à la salle Pleyel. Ah, ces Kazakhs ! Toujours aussi doués avec le pognon. Ils louent la salle et oublient de vendre les places. Opération de comm’ qui se termine entre Kazakhs eux-mêmes. Les invitations distribuées à gogo se divisent en deux catégories : première moitié de salle, pour les huiles, aussi élégamment habillées qu’au pays (surtout les dames, ah, les Kazakhes, c’est quelque chose de miamesque…) ; deuxième partie de salle, après le cordon, le tout venant, invités par Pleyel qui a tenté de faire du bourrage. Placement libre. On y trouve du non-Kazakhs, aussi : notre voisine a vu de la lumière, alors elle est entrée. Le problème du Kazakh, en revanche, c’est que c’est un public très médiocre. On ne se débarrasse pas de sa paysannerie comme ça. Photos au portable, ne sait pas se tenir, voisin de devant explosé de rire en permanence (et pourtant, il ne semblait pas d’origine…), le photographe officiel pas discret du tout prime, c’est toujours pénible.

C’était ma première fois à Pleyel depuis la réouverture. Peinture noire partout, et marron foncé. Aspect salle des fêtes communale. Pas pratique de se déplacer entre les parties de salle, pire qu’avant je dirais. Et de la danse à Pleyel, c’est l’assurance d’avoir des problèmes de têtes devant, même quand on se souvient qu’il faut viser le couloir.

Comme l’hôte français, mettons de la chanson française, s’est-on dit au ballet. Un piano sonorisé sur scène (l’habitude de leur opéra à acoustique médiocre ?), le programme grand format, trois langues, plastifié, photos magnifiques, et évidemment gratuit, nous révèle que c’est la vie d’Édith Piaf que l’on va voir. Ah. Joli. Pas de deux : Dilara Chomaeva - David Jonathan ; Riza Kanatkyzy - Farkhad Bouriev ; Tatiana Ten - Kazbek Akhmediarov. Les Kazakhes sont toujours miamesques. Les Kazakhs au goût de la souris. Tout le monde est content.

Après « love fear loss » (oui…), « l’héritage de la grande steppe » (oui oui…) est une suite de kazakheries kitsch mais intéressantes. La souris en fait une excellente description. Original et sacrés costumes, comme à l’accoutumé. De très beaux moments, dans le lot. Après l’entracte, du Forsythe-like sur fond rouge : très chouette ! « A fuego lento », avec du tango dedans, et une belle troupe. Excellents moments au programme et un belle synchro d’ensemble. La fin, en revanche, marque le retour du démon égyptien parmi les Kazakhs — c’est une manie mystérieuse, à l’origine d’un certain nombre pyramides à Astana. Voilà le Boléro de Ravel le plus improbable qui soit. En costumes kazakhs, une « histoire méconnue » de l’accession de Cléopâtre au trône. Certes.

Tout cela était bien et bon. Et Kazakh jusqu’au bout.