« The square » est la satyre du boboïsme aigu moderne, et en cela, ne peut parler qu’à une catégorie de spectateur spécifique — parisienne, par exemple —, et encore, faut-elle qu’elle soit réellement ouverte d’esprit. Certes l’art contemporain y occupe la première place de l’oeil acéré, acide et auto-parodique de Ruben Östlund. Mais le personnage de Claes Bang, sur qui repose tout le film, sert à montrer toute la contradiction de cette catégorie intellectuelle de gauche qui veut sauver le monde entre deux petits fours. On ne la connaît que trop bien, à Paris — comme à Stockholm, manifestement. On en fait tous plus ou moins partie. Le saynettes fusent, parfois sans réel lien logique (tout spécialement la scène dont est tirée l’affiche, qui est une parabole déconnectée dont l’absurde relève finalement du fantasme, mais qui arrive très bien à instaurer un grand malaise). « C’est la Tesla de base » sera par exemple une réplique à dimension culte. Ou bien l’interview d’ouverture. Ou le dialogue avec Elisabeth Moss (du type : « tu étais dans moi, ça ne veut rien dire pour toi ? »). Bref, le CSP+ intello-bobo, l’aristocratie qui se cherche un alibi culturel et puis la classe pauvre, où l’on va parfois en safari, tenter de retrouver un téléphone volé. C’est virevoltant, pas forcément toujours structuré, toujours mordant, et pour qui aime la dérision — dans un carré bienveillant et humaniste, bien sûr !… —, c’est à voir non sans gourmandise. Mais cette palme (ah ?) n’est clairement pas pour tous les esprits.