Comme il y a deux ans, j’étais en Asie. Cette fois, venant de quitter Hanoi, j’étais à HK : il y a bien des cinés dans le coin, n’est-ce pas ? Pas si évident. L’étude en montre un nombre raisonnable, bien classés, mais de petites salles et beaucoup de 3D. Pour trouver un Star Wars 8 The Last Jedi en VO(ST) « normal », et le matin, il a fallu traverser pour Kowloon et mon mall préféré, Elements. Au Grand Cinema, les salles sont assez petites mais tout est de très grande qualité. Les sièges (numérotés) sont larges, très confortables, assez haut pour pouvoir poser la tête (sans que celui de devant ne gêne, on peut donc mesurer 1m90 sans gêner le voisin de derrière — c’est rarement le cas chez les locaux), les accoudoirs en cuir sont tous escamotables, le dossier se penche en arrière (c’est dynamique, et la distance avec l’arrière est tel que ça ne gêne personne), et cerise sur le gâteau, ils sont tous vibrants ! Dès qu’il y a des basses, vvvvrrrrrrr. Idéal pour les explosions.

Bref, relativement petit écran, mais salle idéale. L’inconnu restante était le public. À 9h30 (j’ai pris la première séance, c’était déjà trop d’attendre une demi-journée par rapport au reste du monde, pour qui la sortie était le mercredi !), il n’y avait pas grand monde, mais un gamin était de temps à autre un poil bruyant. Loin du bordel des Vietnamiens deux ans auparavant. Et le film ?

Rian Johnson prend la suite, et je ne l’avais pas rattaché à « Looper ». On retrouve le nouveau trio avec Daisy Ridley, John Boyega et Oscar Isaac, qui finissent par se rencontrer totalement à la fin (on avait oublié que Rey et Poe ne se connaissaient pas encore et que Finn était la jonction). Il y a surtout passation avec Mark Hamill et Carrie Fisher (à qui est logiquement dédié le film), en haut de l’affiche pour la dernière fois. Un nouveau personnage d’importance est inséré, Rose (Kelly Marie Tran), une héroïne de l’ordinaire, qui n’est pas un cannon de beauté, pas dotée de super-pouvoirs, mais qui a une belle personnalité et permet d’incarner l’une des thématiques du film, l’héroïsme « anonyme » et le sacrifice (notons le rôle de Laura Dern, dans ce rayon). Celui que l’on voit le plus avec Rey est sans aucun doute Kylo Ren/Adam Driver, dans un mode dialectique qui se dépassionne, se croise, et rediverge. Ça permet un noeud qui confère à l’inattendu, comme si l’épisode 6 se rejouait mais partait dans un nouvelle direction (les mouvements d’Andy Serkis en Snoke font d’ailleurs parfois artificiels, comme ceux de Ridley, en même temps…). Et on hérite d’un étrange Benicio Del Toro en resucée de Lando Calrissian, de ce que j’en pressens. N’oublions pas Domhall Gleeson (qui a le meilleur manteau de tous les temps, je veux le même !), pauvre général Hux qui se fait malmener partout.

Le scénario se veut shakespearien, pas seulement sur les héros eux-mêmes, mais sur ce mélange savant de tragique et de comique. Un comique parfois à la limite du parodique — mais sans évidemment passer le cap —, dans l’auto-dérision non ridicule, en tout cas réflexif, qui tient un difficile équilibre bien réussi. On a quand même de nouvelles bestioles, les « Porgs » parfois bien ridicules, certainement destinées à produire des peluches pour Noël. Dans les thèmes phares, on trouve en premier lieu celui de l’équilibre/balance, et on comprend où Luke veut en venir : s’il y a des Siths, c’est qu’il y a des Jedis (et inversement selon Snoke). Il y a d’ailleurs de nouveau (mais rapidement) le thème sur « même les rebelles n’ont pas le cul propre » — histoire d’éviter les accusations de manichéisme ? Et puis il y a les tergiversations des protagonistes, Poe qui met le bordel — ils ont des problèmes énormes de management, chez les éternels rebelles —, et Rey qui ne sait pas trop où elle va (mais elle y va — et finalement, c’est quand même la plus intègre, le jeune Luke ne pouvait pas en dire autant). Rey est d’ailleurs un personnage de plus en plus adorable — outre que Daisey Ridley a les expressions faciales de Keira Knightley, et les tics de jeu de Keanu Reeves.

En vrac et en spoiler : Leïa et sa maîtrise de la force, Luke qui jette l’éponge (très bien vu, mais je m’y attendais un peu, j’ai clairement vu le futur au moment où la scène se jouait), un malin plaisir à déjouer une bonne partie de ce que tout le monde voulait (des origines de Rey, de Snoke…), et une fin mignonne — on reprend dans 10-15 ans ? De très, très jolis visuels, et des côtés scénaristiques qu’on jureraient empruntés à Matrix et à Harry Potter (notamment le miroir-à-parents). Après le puzzle du 7, un 8 plus réflexif avec des éléments du 5 et 6 (condensés), mais en faisant autre chose, pour ouvrir sur un 9 qu’on aura très grand peine à imaginer par avance, cette fois ! Un épisode pivot pour la nouvelle trilogie, donc, qui ne prendra certainement son sens qu’une fois le cycle achevé.