Deuxième Star Wars 8, The Last Jedi. Cette fois en France, au MK2. Plus grand écran, moins confortable, binôme à ne pas enrhumer. Pourquoi diable cette traduction française en « dernierS JediS » ? À la revoyure, ça passe très bien (même les Porgs ! Alors que Jar Jar Binks fout toujours la honte, lui), et pourtant, nombre de critiques acerbes et fort négatives se sont accumulées, au point qu’on en arrive à 2,9/5 sur Allociné. Alors que l’épisode 2 repassait sur TF1 la veille, la comparaison avec le 8 est pourtant très en faveur de ce dernier, et pas seulement parce que les effets spéciaux ont très bien évolué (sauf cette scène où Snoke tend le bras de manière si peu naturelle, je ne comprends pas comment ça a pu passer…).

 Il y a toujours ce problème de la relecture : quand on se relit, on prévoit ce que l’on a voulu dire, et on voit très mal ses erreurs. Il en va certainement des films. On voit mieux les petites erreurs, mais reprendre la trame de fond est plus complexe. Il y a aussi ce que se repasse très bien, et ce qui ennuie quand on redécouvre ; et inversement, ce qui passe pas très bien au premier coup, mais embellit avec l'âge. Prenant tout cela en compte, je subodore que la déification des précédents Star Wars mène à un phénomène d’attente complètement irrationnel de la part d’une population en réalité devenue fort jeune (impressionnant de constater que nous étions les plus anciens de la salle, à croire que le 4 ne sortait pas il y a 40 ans et que le dernier épisode de la première trilogie datait de notre naissance !), fort inexpérimentée et gavée aux scénarios prémachés qui marchent à tous les coups, et que même si un travail complexe aurait pu rendre ce 8ème épisode « acceptable » au premier regard (c’est sous-estimer le nombre de remix de films devenus cultes — prenons Blade Runner, par exemple…), il s’agit très probablement d’un film qui vieillira très bien.

Et ce déjà parce qu’il refuse de servir la soupe. Mark Hamill a fait part de son désarroi sur l'évolution de son personnage (pourtant très similaire à celle d'Obi Wan Kenobi). Tout comme les « fans » qui ont reproché tout et son total contraire, notamment que leurs théories prospectivistes (d’où vient Rey, d’où vient Snoke, que va faire Luke, etc.) sont non vérifiées (d’où frustration par l’inattendu), tout en reprochant un manque d’originalité, sur un exercice convenu ! Il faut savoir… La réalité est que sur une trame très identique (jusqu'à Kylo Ren qui reprend l'idée d'un Anakin/Darth Vader du 3e épsiode que comme rien ne va plus, il faut faire un tabula rasa et ramener l'ordre par la force), le « shift » est assez fort pour faire balancer et sortir du ronronnement. C’est un geste aveugle créateur, et pour une saga à son 8ème opus, c’est franchement nécessaire pour ne pas s’embourber (il y a des Star Treks hautement anecdotiques pour illustrer ce propos). C’est donc bien couillu. À mon avis, c’est un grand cru. Le temps décidera.

En tout cas, je le reverrais bien encore. Ne serait-ce que pour cette scène incroyable à la Matrix de Luke qui débarque en mode messie, qui aurait pu être ridicule, mais qui est trop bien filmée pour cela.