« Le grand jeu » est un biopic en abyme d’Aaron Sorkin, qui nous avait déjà écrit d’excellents Steve Jobs, Le Stratège et Social network. Ça partait d’autant bien que Jessica Chastain est en tête d’affiche — avec Idris Elba et Kevin Costner (oui !). Mais forcément, quand on dégaine une telle rousse alors que l’originale Molly Bloom est une brune-cagole-artificielle, ça sent l’hagiographie. Whatever. L’histoire à l’écran semble suivre la vraie, à quelque ordre près peut-être. On garde pudiquement le voile sur le trou-du-cul hollywoodien « joueur X » (apparemment Tobey Maguire, IRL), et le film s’épanche d’ailleurs sur la rigueur morale de Molly qui ne trahira jamais son ancienne clientèle, coûte que coûte. Car aux « Molly’s game » (titre VO), on flambe au poker entre gens du beau monde. En toute clandestinité légale — up to a certain point. Aventures et mésaventures de Molly qui au bord du volcan finit par se brûler — et ruinée, écrit un bouquin qui ne rapporte pas assez, mais fini sur la toile : renflouons Molly !

C’est jubilatoire comme du Sorkin, même si ça appuie trop pour être tout à fait subtil. Le personnage principal est assez captivant, elle interroge les limites bien-mal à l’insu de son plein gré. Un véritable entrepreneur, en somme. Sorkin est aussi assez malin pour imbriquer les niveaux de narration (et éviter que la voix off personnalisée de l’héroïne ne soit trop pesante), là où une chronologie trop linéaire aurait probablement suscité l’ennui sur les 2h20 que ça dure. Première réalisation non exempte de maladresses ampoulées, c’est un bon film de spectacle vivant, finalement.