Pour Les heures sombres (Darkest Hour), là encore, on ne sait pas trop ce que ça va donner, alors on y va sans trop d’a priori ni d’exigences. Comme dans la Promesse de l’aube, ça cause biopic en pleine seconde guerre mondiale : l’avènement contre-nature de Wilson Churchill, un vieux monsieur taciturne et bougon de la haute, qu’à peu près tout le monde craint, et pour lequel il y a donc une sorte de consensus de respect à reculons de tous bords — puisqu’on lui reproche à peu près tout ce qu’il est et représente, et il a quelques casseroles gênantes. À peine nommé par défaut, on veut sa tête dans son camp, chez les tièdes emmenés par Chamberlain, dont la position branlante qui l’a fait écarter du pouvoir semble être un art de vie. Churchill bouillonne. On dit de lui qu’il est forcément l’homme de la situation car il fait trembler Hitler — le Roi d’Angleterre aussi, en fait.

Gary Oldman est encore plus méconnaissable que dans Dracula. J’ai mis un certain temps à reconnaître Kristin Scott Thomas dans le rôle de sa femme, mais lui, il a fallu que j’attende le générique ! Incroyable interprétation avec la posture, les tics, la langue colérique, hachée, grommelante, tout. Le film de Joe Wright (qui fait des choses très sympas que la critique n’aime pas) est à la fois politique (plongée dans les stratégies à trois bandes alors que la maison brûle), humain (les moments de doute, de compassion), et évidemment historique, concentré sur une période courte — entre la destitution de Chamberlain et le succès de l’opération Dynamo (quelques mois après Dunkerk, ironie des coïncidences) — qui marque l’avènement au pouvoir d’un chef de guerre contre-nature, selon une chronologie précise et ciselée. On pourrait même dire : la (re)naissance d’un (grand) homme à la fin de sa vie.

Passionnant.