J’ai vu un peu tard ce Jephta à Garnier, et il ne restait plus beaucoup de possibilités. Mon binôme trouvant deux places le dimanche, hop, une quatrième loge, pas si dégueue à 25€. Joli angle pour profiter de la jolie mise en scène de Claus Guth : en mode grisaille mais avec des vidéos (avec utilisation de flashs pour faire de l’animation), et des choses coulissantes (bureaux, lit, chaises, lettres). Bon, parfois c’est un poil criard (les ballons, le flux de « lumière » jaune), et l’usage de lettres composant « it must be so », formule extraite du livret (by Thomas Morell) de l’opéra de Haendel, devenue marotte du metteur en scène, tourne passablement au ridule à force d’être usé jusqu’à la corde. Mais franchement, c’était pas mal, il n’y avait presque pas de nazisme pour une fois (surtout que ça cause Juifs : il y avait de forts risques…). « So far, so Guth » a smsé le voisin de devant, épatant Hinata-chan, qui ne doit pas beaucoup lire mon blog (et bizarrement pas celui de la souris non plus).

Le réel problème est que la mise en scène allait parfois à l’encontre du livret et de la musique, en montrant du très sombre (mode : la guerre c’est mal il y a des morts partout plein de sang) alors que ça chantait bravoure, courage et victoire. En réalité, c’est que la seconde partie était spoilée dès le début — notamment avec le personnage féminin d’Iphis (appétissante Katherine Watson), qui se promenait en double pré-égorgé. Mais justement, c’est dans la seconde partie que brillait notre héros, le bel Ian Bostridge : c’est que Jephtha a fait un TOC divin stupide, à zigouiller la première personne venue, et pas de bol ça tombe sur sa fille. Et il must be so. Va savoir. Il a raté l’épisode d’Abraham.

On devine que l’action dans la fosse de William Christie et de ses Arts Florissants est déterminante, quand l’action qui tient en trois lignes s’étire sur trois actes et trois heures… Tout autant qu’une toujours très sûre Marie-Nicole Lemieux (Storgé, épouse-mère), complétée de Tim Mead (Hamor, dindon de la farce, le vrai perdant dans l’histoire), Philippe Sly (Zebul, intermittent du royaume) et Valer Sabadus (Angel, ailé). Et de très beaux choeurs.

C’est que c’est de la très belle musique. Avec des intermèdes additionnels par torture de piano — faute de se faire Iphis —, dont on ne sait pas trop à qui cela est dû, mais probablement pas à Haendel. Pas mal trouvé, ceci étant. Et vu d’en haut, assez ludique. En bonus : le surtitrage était aussi en anglais, ce qui a permis de suivre ce que chantaient réellement les quelques protagonistes. Une fort belle après-midi baroque, avec effet durable.