Ariodante fait partie de ces opéras de Haendel où le livret (à la filiation lointaine de l’Orlando Furioso) ne tient pas une demi-seconde debout, mais que l’on va revoir régulièrement (depuis que ça a été introduit très tardivement en France), parce que c’est fort beau dans l’ensemble, et plus particulièrement le-fameux-air du héros un poil désespéré juste avant l’entracte — alors qu’on devrait se réjouir puisque l’énorme vieille voisine bruyante de replacement allait disparaître pour laisser ensuite place à la véritable titulaire du siège (c’est donc la vieille voisine de droite qui entreprit d’être une nouvelle nuisance, en manipulant un collier-cymbales… Tuons les vieux). Ce fameux air, sinon, était interprété par Kate Lindsey d’une manière peu optimale, dont l’Italien approximatif fit frissonner mon exigeant binôme. Mais le public trouva son compte dans l’ensemble, malgré le manque de projection des voix, à l’exception du basse Wilhelm Schwinghammer (Il Re di Scozia, perqué on cause rital en Écosse). Le contre-ténor Christophe Dumaux (Polinesso, spécialiste du foutage de bordel) passait parfois par intermittence, alors qu’il n’est point un amateur ; Hila Fahima (Dalinda) passait mieux, au parterre. Les chanteurs tournaient d’ailleurs régulièrement sur scène, fort probablement briefés sur l’acoustique directionnelle de la salle, et essayant donc de servir un peu tout le monde…

Après l’entracte, on croit à un gag lorsque l’héroïne Chen Reiss (Ginevra) n’apparaît point quand elle le devrait. William Christie détend la salle en faisant remarquer qu’elle partage normalement la loge que le héros (ils sont censés se marier bientôt, mais c’est aussi ce dernier qui vient de se jeter à la mer, se croyant trompé). Nous, on sait que Christie a une réputation épouvantable de pire autocrate manager pourri, et on se dit qu’il y en a une qui va passer un salle quart d’heure… On ne saura pas le pourquoi de cette interruption de plusieurs minutes, où le chef est allé chercher notre demoiselle toujours engoncée dans sa robe sirène (elle était aux chiottes ? Pas pratique…).

Dans l’ensemble, c’était pas forcément fabuleux, avec des hauts et des bas, plutôt mieux sur la fin, et si on a entendu bien mieux, ça aura quand même fait le job.