Je ne me suis laissé spoiler par rien avant d’aller voir « la forme de l’eau » (The shape of water — traduction littérale facile, pour une fois), de telle sorte que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en allant voir le dernier Guillermo del Toro, qui semble déclencher bien des louanges. Il faut dire que outre son esthétique sépia fantasmée des années 1950, comme une BD, certaines diront à la Amélie Poulain (mais en plus sombre), d'autant que l’histoire fantastique contée tourne autour d’une mignonne introvertie réglée, il y a ce travail fabuleux de l’actrice Sally Hawkins, en langage des signes, et en langage corporel. Étrangement cependant, j’ai aussi l’impression que c’est moins original qu’il n’en paraît. Ce qui n’enlève rien aux mérites de ce mélange de mystère et de malice dans cette rencontre de la belle muette et de la bête aqueuse. Il y a bon nombre de séquences qui ne manquent pas de gourmandise — et valent un petit avertissement à l’attention des jeunes spectateurs. Mais on se régale bien, immergé dans la sentimentale poésie incongrue.