Jordi Savall est le spécialiste ès Jurassic Park de la reconstitution d’oeuvres disparues. Pour la Passion selon saint Marc de Johann Sebastian Bach, le problème est qu’on n’a que le livret, et des sources pas bien directes qui disent à propos des deux fois où ça avait été donné que c’était du recyclage. Avec ça, Jordi rajoute de l’ADN de grenouille, de la levure, et nous fait une Bwv 247 reconstituée.

Il prend le Choeur d'enfants Amics de la Unio, La Capella Reial de Catalunya et Le Concert des Nations, mais en fait c’est plutôt réduit comme ensemble. Il sélectionne aussi Marta Mathéu (soprano), Raffaele Pé (contre-ténor), Reinoud Van Mechelen (ténor), Konstantin Wolff (basse et accessoirement Jésus, timbre auquel il a fallu s’acclimater) et enfin Dávid Szigetvári (ténor, Evangéliste — das Beste, maître du show).

Bon, c’est intéressant mais pas transcendant. On reconnaît des choses, mais forcément, il ne peut pas piquer le meilleur et faire un best of, ça ce serait trop voyant. Le livret est intéressant, entre Jean et Matthieu, avec tous ces témoignages recoupés (et un peu approximatifs), on finira bien par trouver qui est le coupable (avec le chandelier). Ça s’écoute bien, mais ça fait un peu Bach d’ascenseur. Ça peut être pas mal pour ne pas se sentir coupable en faisant autre chose en même temps.

En bis, Jordi Savall redonne le choral « Ich will hier bei dir stehen ». Nous aussi, Jordi, nous aussi.