Date unique du jeudi 5 avril, ce concert à la Philharmonie était passablement un gouffre. Trois orchestres, justifiés par le grand nombre de musiciens nécessaires à la dernière pièce. Et donc trois autres pièces avant, pour que chacun puisse participer, sans qu’il n’y ait vraiment de cohérence. En commençant avec du fort méconnu Jean-Féry Rebel, « Les Elémens », oeuvre de maturité fort sympathique, qui monte et descend régulièrement (un seul bémol : on entendait assez peu les flûtes traversières), Paul Agnew ouvrait la soirée en empruntant Les Arts Florissants de bien intéressante manière.

Mais c’est après que ça s’est gâté. Jörg Widmann a eu droit a de la bonne pub de la part de Daniel Harding, qui a finalement préféré être malade et se faire remplacer par George Jackson à la tête de l’Orchestre de Paris. Peu importe : « Echo-Fragmente, pour clarinette et groupes instrumentaux », qui donnait aussi le titre de la soirée, est un magma horrible à l’écoute, au mieux ennuyeux et prétentieux, au pire pénible. L’ami berlinois a beaucoup aimé. J’ai plus que détesté. La souris a souffert. Quand il y a l’ensemble intercontemporain, en même temps, on peut commencer à avoir peur… Jörg Widmann lui-même en solo clarinette, quand même, me rends-je compte à présent. C’est gentil d’être venu. Mais non.

Et après l’entracte, ce n’est pas le machin méga-bof de Jonathan Harvey, « Wheel of Emptiness pour seize musiciens » (titre bien trouvé…), qui a pu arranger les choses. On reste sur de l’inutilement compliqué, où ça ne termine jamais une phrase musciale, ou ça change tout le temps de pied, du faux original vu et revu. Le tout avec un équipement de bricorama. Ça ne laissera pas non plus de trace dans l’histoire, ni dans nos mémoires. Naze, en somme.

Tout cela pour en arriver à Charles Ives, qui justifiait notre venue pour sa Symphonie n° 4. Il y avait donc l’Orchestre de Paris et son choeur, plus l’Ensemble intercontemporain, plus les Arts florissants. Dans cette oeuvre gigantesque qui fait notamment figurer trois pianos, un sous-orchestre se détache de l’orchestre et joue sa propre partition sous la baguette d’un second chef placé au milieu — mais que personne ne semble regarder, tellement la partition est complexe, en tout cas au début, avant de se démêler avec de grandes pages lyriques. Voilà autre chose ! On peut être inventif sans faire de l’horrible. Mais ce n’est pas le meilleur Ives, malheureusement. Pas de quoi sauver la soirée, donc.