Commençons par le Guggenheim, à l’occasion des deux heures du samedi en fin d’après-midi où c’est gratuit — ou plutôt, où l’on peut payer ce que l’on veut, donc pseudo-gratuit. C’était un bon prix pour ce qui arrive à surpasser le Palais de Tokyo en terme de foutage de gueule intégral. Normalement, c’était $25. Autant dire de l’arnaque totale. Il vaut mieux alors profiter de ce qu’il y a de mieux dans ce musée : le bâtiment lui-même. Ce n’est pas forcément si haut que dans les photos — autour de 6 étages, ce qui dans le décor newyorkais fait assez rabougri, et laisse songeur sur tout l’émoi suscité à l’époque de son ouverture —, mais c’est vraiment beau. Comme souvent à NY, le contenant a primé sur le contenu. Celui-ci, assez vide, fait paraître du grand n’importe quoi (type Castorama avec ampoule pseudo-intellectualisante pénible), que n’arrivent pas à sauver les quelques tableaux français de Seurat ou Pissaro, malheureusement échoués dans les premiers tours d’étage de ce tire-bouchon vers le n’importe quoi, que l’on parcours en une demi-heure tout au plus si l’on ne s’arrête pas aux toilettes — pour une fois, les chiottes ne servent pas à être exposées, on peut au moins leur faire ce crédit-là.

Le Metropolitan museum est grand, mais pas si grand que ça non plus. De l’autre côté de la 5ème avenue, empiétant généreusement sur le gigantesque Central Park, le MET est grosso modo la somme du British Museum et du National Gallery. En revanche, on s’acquitte là aussi de $25 pour l’entrée, et les espoirs de réduction sont maigres. Manger ou boire à l’intérieur fait aussi regretter les aéroports plus accessibles en terme de prix. En échange, on a une collection de grande qualité, des mise en espace superbes et des explications sur les cartons lisibles, compréhensibles, bien rédigées et intéressantes (des qualités qui manquent généralement toutes à Paris). C’est donc bien plus petit que le Louvre, mais ouvert tout les jours, ce qui se paie par deux problèmes de taille : quelques salles entières fermées, et des horaires d’ouverture ridicules, entre 10h et 17h30, sachant qu’on commence à être mis dehors dès 17h. Mais avantage de taille : le billet est valide trois jours, permettant de revenir plusieurs fois quand il fait mauvais temps à NY (chose manifestement très courante en avril), y compris dans les dépendances lointaines du musée.

Au MET, on trouve de l’Égyptien (qui attire les foules et repousse la Souris), du primitif flamand et de la grande époque 18-19ème, en nombre, mais aussi de l’impressionnisme. Il y a de la statue (toujours cet amour de Rodin) et du temple (un petit côté Pergamon), de la photographie et du tableau. Très majoritairement du tableau, tout de même. On en fait le tour complet en 6 ou 7 heures, et un très bon tour en 4 heures environ. On y circule fort bien, il n’y a pas d’attroupements mis à part quelques queues devant les attractions antiques, il y a de quoi s’asseoir confortablement, bref c’est généralement très agréable. Et même quand il y a de l’attente, pour la fouille sommaire à l’entrée ou pour l’achat des tickets, c’est fort rapide. Il faut bien avouer qu’ils sont forts, ces Ricains.

Ça se confirme d’ailleurs avec le Cloisters, perché sur un parc fort grand et mal indiqué dans les hauteurs au bord de l’Hudson, au bout d’une ligne de métro express géante qui met une bonne demi-heure pour mener dans un coin du Bronx. Le billet jumelé du MET permet d’obtenir très rapidement une contre-marque, car il n’y a vraiment pas foule. Trois ou quatre cloîtres répliqués du Sud de la France et miniaturisés ont été montés pour accueillir une collection moyenâgeuse des plus plaisantes. On y trouve même du gisant espagnol. Comme toujours, c’est très rondement mené. On regrette encore une fois les travaux au milieu qui ne permettent pas de profiter de l’ensemble de l’exposition, mais la mise en scène est tellement bien faite, et les pièces présentées si pertinentes, que cela fait même oublier l’heure et demie de transport aller-retour. Une jolie trouvaille saugrenue dans cette ville de brique et de métal.

Mais la dernière surprise reste le Frick — c’est chic. Le grand manoir, aussi sur la 5ème avenue, toujours du côté Sud-Est de Central Park, porte le nom de l’hôte collectionneur très riche — il y en a une certaine quantité, là-bas, qui ont souvent eu leurs salles aux MET suite à des donations massives, rompant avec le rangement thématique (les Balthus, dont la songeuse Thérèse, se retrouvent ainsi tout en bas). Le mercredi après-midi permet de ne pas se faire dépouiller d’une vingtaine de dollars, moyennant une queue moins impressionnante qu’au Guggenhein, mais qui disparaît tout aussi rapidement (moralité : inutile d’arriver à l’heure, c’est perdre son temps). Les oeuvres méritent le détour, mais leur nombre restreint permettant de faire le tour de la somptueuse boutique en une heure si l’on ne s’attarde pas trop, en ferait là encore une opportunité culturelle ruineuse. On y retrouve comme d’habitude à l’intérieur un public essentiellement français. Il y a un peu de tout, mais surtout du grand nom. Du Renoir, du Lorrain, du Van Eyck, j’en passe. Encore du Vermeer, comme au MET — rattrapage de la catastrophique expo du Louvre facilement effectué. Pas vraiment la période à la Souris, mais même elle a pu y trouver un peu son bonheur. Cela a permis en tout cas de confirmer notre intuition du Cloisters (outre que les musées américains sont décidément toujours bien fichus) : le patio intérieur, dans une maison, il n’y a que ça de vrai. Les Romains avaient donc raison — il aura fallu là aussi 2000 ans pour le redécouvrir…

J’allais oublier de compter Ellis Island ! Après un ferry (passage à la fouille toujours aussi inefficace, bateau avec des fréquences de RER ou de métro express newyorkais, ie 15 minutes en heures de pointe) et un passage par la statue de la liberté, on arrive enfin au bout d’une grosse demi-heure sur l’île de l’immigration. L’endroit était en ruine après son abandon en 1954 et l’instauration des visas — de toute façon, ça commençait à ne plus servir à grand chose dès les années 1930. Transformé en multi-musées, l’endroit propose à la fois un fort intéressant et très bien fichu parcours historique du bâtiment principal, reprenant celui des immigrants de 3e classe des bateaux, avec audio-guide et/ou ranger de visite, mais aussi des expositions sur l’immigration en général et le lieu en particulier. Il y même un « hard hat tour », avec casque sur la tête, pour aller explorer les nombreux bâtiments encore en ruine ! Il faut clairement compter toute la journée pour en faire exhaustivement le tour : avec un dernier ferry à 17h, nous aurions dû profiter de la cantine sur place pour ne pas terminer au pas de course. Ceci étant, toute une journée sur la même thématique très particulière est aussi assez lourde. Il n’empêche que c’est extrêmement bien fait, comme toujours — de manière assez similaire à Alcatraz, d’ailleurs.