Avec le vol au départ de NY retardé de deux jours, faisant passer le low cost de Norwegian Airways à une excellente affaire (sous condition d’avancer force monnaie pour les frais afférents dans cette ville ultra-chère, en attendant les remboursements et autres dédommagements), ce fut l’occasion d’explorer plus en avant la ville et son histoire. Et de se rendre compte définitivement que l’empire américain décline lentement mais sûrement. Déjà, il est à présent clair que si NY est leader — on avait déjà un sacré doute avec SF —, cela veut dire que bien des villes asiatiques dépassent ou sont en passe de dépasser le fleuron des USA. Je mettrais dores et déjà le Japon devant, mais ils ont eu les mêmes problèmes de perte soudaine de vitesse et de plongée — le processus a simplement été plus accéléré. Je dirais donc plutôt qu’entre Singapour, HK, Shanghai-Beijing et même Bangkok (dont l’aéroport est cent fois meilleur), l’indice de modernité est largement supérieur à celui des USA, qui brasse pourtant toujours beaucoup plus d’argent (sauf pour les cités-États, qui sont devant en PIB/habitant, avec ou sans PPA).

Alors les USA vivent clairement de la rente du dollar, et encore un peu d’une avance technologique confortable héritée de la seconde guerre mondiale : cela paraît évident. Ils repoussent ainsi ce qui apparaît bien comme la fin d’une civilisation, a minima d’un cycle majeur. On sent bien que ça se tasse, en Occident. Il y a les hyper-riches, extrêmement peu, souvent rentiers capitalistes d’une manière ou d’une autre, car le travail rapporte à présent peu ou est au pire fort taxé, de telle sorte qu’on égalise vers le bas, et qu’il n’y a pas beaucoup d’intérêt à travailler plus que de raison, puisque le gain marginal est très décroissant. En Asie, au contraire, les inégalités s’accroissent comme lorsqu’un adolescent grandit : une partie de la population profite fort bien, une autre est plus à la traîne (la question étant de savoir comment eux anticiperont le mouvement de balancier qui ne manquera pas d’arriver comme en Occident, d’ici quelques années — et pas forcément en dizaines, car tout s’accélère). Ce que l’on voyait comme des économies de rattrapage, qui passent directement au neuf (mais qui n’hésitent pas à sacrifier le vieux), sont probablement des affamés qui ne subissent pas (encore ?) la bureaucratisation sociale à outrance — un principe de Parkinson létal qui arrive en phase terminale.

Toujours est-il que si l’on veut voir du moderne, ce n’est définitivement pas chez les héritiers du leadership qu’il faut aller. Ça se passe en Asie, et fort bientôt, à ce rythme, ça ne se passera plus que là-bas.