Mon MacBook est mort. D’un coup, comme ça, rupture d’anévrisme. En plein atterrissage pour Toronto, alors que j’allais arrêter de coder et refermer la bête. Couic. Et après avoir vu des médecins, galéré comme un dingue, parcouru toute la ville, appelé partout, rien à faire. Une semaine de boulot perdue. Visites obligatoires.

Quand on arrive à Toronto, dire qu’on vient visiter est suspect. Contre-interrogatoire à la sortie de l’avion. Le Canada surprotège parce que le Canada attire. Il attire parce qu’il est riche. Mais Toronto, ce n’est pas très beau ni très agréable, et encore moins moderne. C’est très américain, en revanche. Franchement, à vouloir émigrer, mieux vaut aller en Asie. Ce qui est ironique est qu’il y a des Chinois partout, à Toronto — jusqu’à deux chaines de télé locales en chinois sous-titrées en anglais, Omni1 et Omni2. Dans le métro, près de la boîte à sel avec l’agent dedans, il manque un tourniquet. Il y a une petite urne, dans laquelle on peut glisser un “token” préalablement acheté au guichet humain (par trois minimum), ou directement l’appoint ; et le guichetier fait alors un signe de la tête. Dans l’épouvantablement lent tramway, dont aucune indication ne renseigne les temps d’attente et où il faut attendre qu’il arrive pour savoir où il va, mais pas par où il passe, l’intérieur n’aide guère non plus : aucun plan de ligne.

Tous les 3km, on peut espérer trouver de quoi manger le matin. Toronto, c’est six fois la taille de Paris, pour un peu plus d’habitant, parce que s’il y a beaucoup d’immeubles géants, composés essentiellement de penthouses de luxe qu’on imagine immenses, il y a essentiellement des maisons qui atteignent parfois deux étages et s’étalent à perte de vue. Le tissu urbain est ainsi étrange, homogène par grumeaux, avec des lots de gratte-ciels, suivis de zones d’habitation dont on ne voit pas le bout, avant de passer sur un monument paumé, toujours un peu en toc. Il y a une folie architecturale que seule Londres ou Hong Kong, voire Berlin, peuvent dépasser, et en même temps, rien ne va avec rien. On peut trouver une aire semi-abandonnée qui sert vaguement de parc, sans être emballé. Mais ce n’est pas aussi hostile que New York : déjà parce qu’on peut manger pas trop difficilement jusqu’à 22h (après ça devient quasiment impossible !) dans le centre-ville ; c’est pas génial, souvent de l’asiatique repassé, mais ce n’est pas compliqué. Ensuite parce que même si c’est bruyant et que les hôtels sont très chers et minables, ça n'arrive pas au niveau de NY non plus. On peut survivre plus correctement, à Toronto ; on a un peu Brooklyn dans la ville, en somme. Quand on est en avion ou en haut de l’immense tour CN (qui paraît moins immense que ce qu’elle est à cause des gratte-ciels autour), on est surpris par la quantité de végétation ; et par les grappes d’immeubles, très distantes les unes des autres. Elle est étrange, cette ville. Elle n’est pas détestable, mais elle n’est pas particulièrement sympathique ou agréable non plus. Il y a tous les ingrédients, y compris culturels, mais ça ne fonctionne pas, ça grippe.

Aller aux chûtes du Niagara a été la plus grosse galère épouvantable. Un seul train à aller — que j’ai réussi à attraper malgré la lenteur atroce des vieillards aux guichets —, un seul train au retour, mais là j’ai pris le bus, aussi rapide et affreusement cher. C’est lamentable. Pourtant, sur place, c’est la débauche de casinos et autres. Pas cohérent. Ça marche de travers, en somme.