Après Toronto, Montréal. Ce n’était initialement pas prévu, mais ayant compris que je risquais fort de m’ennuyer sévèrement à Toronto avec une pleine semaine, et ayant repéré que finalement il se passait plus de business concernant mon activité startupienne à Montréal, le shift prenait sens. D’autant plus que le billet d’avion interne, aussi cher (si ce n’est plus) que le billet Paris->Toronto (une belle erreur de prix !), pouvait être amorti sur la baisse des coûts d’hôtel : à Toronto, c’est cher pour de la merde ; à Montréal, on a l’embarras du choix à prix très décent. De Toronto, on regrettera le bord de mer (heu, de lac) extrêmement agréable ; à Montréal, le côté port n’est pas tip-top. Pour tout le reste, Montréal est bien meilleur.

La question est de savoir pourquoi. La patine. Ça ne tient à pas grand chose. Un peu de vieille pierre, une meilleure organisation, le Mont Royal en fond de toile, c’est plus agréable, on lutte beaucoup moins pour manger, c’est presque même à un niveau parisien, ou plutôt comme à SF (car il y a de vastes zones avec quasiment uniquement de l’habitation à un ou deux étages, avec des escaliers extérieurs très caractéristiques), où il vaut aussi mieux réserver pour être certain de pouvoir manger… Le réseau sous-terrain est aussi vaste que mal fichu, assez similaire dans l’idée aux passerelles de Hong Kong, reliant des centres commerciaux. C’est agréable dans l’ensemble, même si on en fait rapidement le tour : hors du centre-ville, les zones d’habitation s’étendent à perte de vue, sont sympathiques à traverser, mais se répètent beaucoup (heureusement, le plus souvent les formes et couleurs sont diverses, mais il peut aussi y avoir des rues de gros copier-collers).

On n’aurait pas forcément idée de retourner volontairement, pour le plaisir, à Toronto ; c’est en revanche pas totalement exclu pour Montréal, même si on se demande s’il restera assez de musées (beaucoup moins qu’à Toronto) et de salles de concert et opéra (il n’y a pas forcément l’air d’y avoir de très nombreuses représentations chaque soir) pour s’occuper. À la rigueur, il faudra mixer ça avec Québec. Chose surprenante, les montréalais, qui parlent pourtant assez majoritairement anglais (autre surprise !), ne vont jamais du côté de Toronto, à peine à une heure d’avion. Même pas un petit week-end, ou juste pour voir, ou en passant pour les chutes du Niagara (certes survendues, mais quand même !).

Comme à Toronto ou aux USA plus largement (dont le Canada est une grande banlieue riche avec la Reine d’Angleterre sur une partie des billets), à Montréal on affiche les prix HT et on mendie le tip obligatoire qu’il faut négocier pour l’intégrer sur la note de frais, parce que de retour en France, on retombe sur une administration moins sympathique pour les affaires. Deux différences au niveau de la population : beaucoup moins d’asiatiques, beaucoup plus de jolies filles (même si à Toronto, il y avait quelques exemplaires formidable, mais même sur ce segment élitiste, Montréal a des ressources incroyables), et comme le veut leur réputation, d’une gentillesse assez incroyable (sans en arriver jusqu’au stade des Ivoiriens, mais même en voiture ils restent civilisés : c’est simple, on peut marcher des kilomètres sans s’arrêter — quoiqu’à Toronto aussi), ce qui compense leur point commun d’une incroyable mollesse, qui rend un peu fou à force (j’ai remarqué les mêmes mimiques de gêne que les Ivoiriens quand il faut annoncer une mauvaise nouvelle, d’ailleurs ; autre point commun improbable, avec les taxis Toyota).

Ça reste de la province, où l’on peut se promener en tongs dans la rue, où l’on a oublié de construire le bout de métro pour rejoindre l’aéroport (inutilement compliqué, comme souvent dans ce pays), où l’on ne se stresse pas trop, où l’on se réveille tôt et se couche tout aussi tôt, où l’on croise une Lamborghini garée au coin d’une rue résidentielle lambda. C’est étrange, ce qu’a pu donner l’Occident opulent…