La dernière fois que j’avais fait un Parsifal, c’était il y a 8 ans au TCE. Alors qu’il y avait un bon rythme sur les deux années précédentes. Et puis plus rien. Alors avec le retour à Bastille, comme tous mes frères et soeurs de la secte des wagnérophiles, j’étais assez excité. Las, après une générale annulée (de toute façon j’étais ni là, ni invité, cette fois), le problème de la porte coupe-feu en panne a fait sauter un certain nombre de représentations, ce qui a encore plus mis la pression sur des places déjà hors de prix. Rajoutons à cela que je n’étais pas très souvent à Paris ces dernières semaine, que d’autres représentations tombaient sur des soirées déjà occupées, et ça donnait deux dates possibles : l’une de retour du Canada (suicidaire pour 5h10 de représentation — dont deux gros entractes, certes), l’autre deux dimanches plus tard. Pour la Pentecôte, ça tombe bien. Trouver une place pour Parsifal, c’est pire que le Graal — enfin, la lance, chez Wagner, parce que le Graal est déjà bien dans son coffret dédié.

Mais comme Parsi, on s’acharne. Levé tôt, pour les places à 5€, il n’y a pas grand monde, mais c’est parce qu’en fait il faut attendre jusqu’à 13h, le dimanche (saint ou pas). Le plan B de la place de B#4 clignote : peut-être bien que oui, p’têtre bein que non. Finalement, je pourrai lui garder son siège au chaud pendant deux entractes, et après il faudra que je me débrouille : deal, moi aussi je suis innocent, je trouverai bien ; en l’occurrence, juste le rang derrière, toujours au 2e balcon, impeccable. Ça laisse une belle vue plongeante sur l’orchestre de l’opéra de Paris et Philippe Jordan à la baguette. Qui certes ne nous a pas servi une version très vive, mais qui, comme le disait un ninja (qui regrettait un peu l’absence de nazis sur scène, je crois, pour une fois, donc témoignage à prendre avec des pincettes), on (re)découvre des leitmotivs. Je ne bouderai point cela, car bordel, un Parsifal à Bastille tous les dix ans, faut en profiter. Y’a des rédemptions qui se perdent…

Sur scène, donc, pas de militaires, pas de trucs (trop) bizarres, simplement différents espaces consécutifs coulissants chez Amfortas (Peter Mattei) et Gurnemanz (Günther Groissböck), soit de gauche à droite : fontaine puis maison, dans laquelle on trouve d'abord une cuisine (de boulangerie ?), puis petit placard à Graal et chambre à Titurel (Reinhard Hagen très ponctuellement, mais le plus souvent un pantin) au dessus, et enfin salle des festivités graalesques, pour faire des assemblées de boulangers avec de gros bouquins bleus marqués de « Wort ». Mais ça, c’est presque joli en comparaison des femmes-fleurs du deuxième acte : des épis de maïs ! Fracture instantannée de la rétine. Les deux-tiers de cet acte se passent de toute façon dans du grand vide, entre Klingsor (Evgeny Nikitin) et Kundry (Anja Kampe), et bien évidemment, notre héros sot, Parsifal (Andreas Schager) — avant de faire revenir les squelette de femmes-maïs. Bref, Richard Jones, il casse pas trois pattes à un canard, mais quand on s’est tapé du Warlinounet 10 ans avant, même à 70€ ta place de 6ème rang de côté de second balcon qui était à 25 balles à l’époque, t’es content de ce qu’on te donne. Paris...

Le point fort de tout ça, c’était quand même les interprètes. Pas un seul qui ne s’est fait déborder par l’orchestre, ou qui ait défailli, impeccable de bout en bout. Anja Kampe, tu la mets dans tous les sens, aucune différence, toujours parfaite. Günther Groissböck, il chante non-stop l’acte 1 et 3, pas de soucis, il serait encore là pour l’acte 4 (ou en tout cas le 5). Et Andreas Schager, il se paie un cygne, une lance, une Kundry, un Klingsor, un couronnement exprès, pas de soucis. En toute circonstance, il assure. Il rédempte même sans les mains. À ce propos, au bout de la énième diffusion, c’est moins obscur, ce texte à tiroir plein de références bibliques de l’ami Wagner, qui a suivi ce bon conseil : pourquoi faire simple, quand on peut faire obscur ? Pour trouver la lumière. Allez savoir…