Même si c’était Tugan Sokhiev et son Orchestre National du Capitole de Toulouse dont il a fait une référence incroyable, la salle de la Philharmonie était franchement vide. Elle s’est en revanche mieux remplie après la première pièce, une création (commande de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse et de la Philharmonie de Paris) de Bruno Mantovani, « Quasi lento, pour orchestre », très inutile, dans cette mouvance de la musique contemporaine plutôt désagréable à l’oreille, qui semble suivre des aventures cinématographiques sans le support. Bref, je pense que ces spectateurs avaient prévu leur coup. Le temps que le compositeur monte saluer sur scène depuis un rang assez central et de côté jardin, couloir, du parterre (où l’on met usuellement les compositeurs, esseulés du reste de l’ex-rang E, qui se retrouve plutôt au premier rang de premier balcon…), je repère la ch’tite violoncelliste, pile en face de mon remplacement (6ème rang de parterre côté cour) : ça faisait longtemps que je n’avais point vu Sophie, ancienne héroïne de ce blog, tantôt aperçue du côté de l’orchestre de Paris ou de l’opéra.

L’orchestre s’étoffe, se reconfigure, un piano au centre, Nicholas Angelich derrière le clavier (démarche Droopy maladroite), et un Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev super punchy comme on les aime. Top. On se demande si les applaudissements répétés ne vont pas avoir raison du pianiste qui titube de plus en plus, et fini par nous offrir un rappel beaucoup plus calme que le pyrotechnique Proko précédent : Mazurka Op.22 de Chopin. Problème : après quelques secondes, il se fait accompagner d’une machine à vent/aspirateur/machin bruyant, qui agite les ouvreurs à la recherche de l’origine du bruit soudain, alors que le directeur Laurent Bayle (au 1er balcon, donc) était en mode ¯\_(ツ)_/¯. Voilà voilà…

Entracte, j’envoie un petit SMS à la ch’tite violoncelliste, qui sociabilise déjà avec de jeunes gens du balcon. Tout à coup, appel : c’était sa mère, qui avait récupéré sa carte SIM ! Il y a fort longtemps, manifestement… Hhhhmmm… Oups. Bref, nous serons heureux d’apprendre qu’elle avait beau être marquée parmi les musiciens de l’orchestre, elle est toujours en mode surnuméraire éternelle (par choix), faisant des allers-retours en pleines grèves. Donc, toujours parisienne.

Reprise des festivités sur une sublime La Mer de Debussy, pendant qu’au parterre juste derrière moi, ça finit de s’engueuler entre un monsieur et une dame, que ça se parle à voix haute encore derrière, bref que c’est le bordel chez les gens propres sur eux (à 50€ la place, certes). Fatigue, ce public, fatigue… On finit sur super sympathique Daphnis et Chloé / Suite n° 2 de Ravel, qui donnait d’ailleurs son nom à la soirée (« Daphnis »). Traditionnellement, Sokhiev nous gratifie d’un bis. Et puis il n’était que 23h, avec une demi-heure de retard, alors bon… L’Arlésienne, Suite (Farandole), de Bizet évidemment. Un peu de Sud. Tandis que la ch’tite violoncelliste finit de transmettre autant la joie et la bonne humeur autour d’elle, comme l’orchestre du Capitole.