Le choc. Elle a deux ans de plus que moi, elle maniait l’archet, et manie à présent la baguette. Il y avait le programme de l’orchestre de Paris qui poussait à prendre cette place à la Philharmonie, mais il y avait aussi cette belle photo intrigante. Un an à attendre. Pour voir Karina Canellakis, à la direction. L’amour fou.

En donc, en plus, ça commençait par la Fantaisie symphonique tirée de La Femme sans ombre de Richard Strauss. On connait usuellement la réduction du Chevalier, mais il y en a aussi une de la Femme. Ça me rappelle quand il était dans la superbe mise en scène wilsonienne à Bastille. Formidable opéra.

Et puis Karol Szymanowski, le Concerto pour violon n° 2. Je ne sais pas à quel point le chef influe sur le programme, mais ça pourrait être une raison de plus en faveur de mon rapprochement charnel et émotionnel avec Karina — outre qu’elle est superbe en soi, avais-je précisé ? Ce concerto est tellement riche qu’il y a un piano. Et derrière le violon, une autre wonderwoman, Nicola Benedetti, aka Nicky, avec son Stradi, et cette fille est un concentré Mendelssohn à elle toute seule : origines italiennes et pure écossaise. D’ailleurs, pour le bis, elle annonce une pièce folklorique de chez elle : Auld Lang Syne, de R. Burns — merci @philharmonie de nous fournir tout cela !

Entracte. On perd la violoniste, mais la chef reste. Je me décale un peu plus sur la cour, les occupants légitimes de mon rang de bas de parterre ayant donné signe de vie dans une salle relativement peu remplie (comme d’habitude). Ainsi, j’espère aussi mieux voir Karina, que je suspecte timide, car même lors des saluts je n’arrive pas bien à la photographier, tellement elle ne regarde que très furtivement le public. On reprend avec les Danses symphoniques de Sergueï Rachmaninov. Comme tous les jeunes chefs, Karina fait encore des gestes très amples, perfectionnistes et attentifs. On danse avec Karina, nos coeurs battent à l’unisson, Rachmaninov nous lie à jamais. C’est beau, l’amour.