C’est la fin de saison, les salles sont plutôt vides, mais pour ce diptyque L’heure espagnole de Ravel et Gianni Schicchi de Puccini, Bastille était particulièrement vide, et les ninjas ont pu exercer leur art en toute sérénité — quoique concurrencés par les spectateurs lambdas ! Une très bonne critique, un air hyper connu au programme, une excellente double mise en scène de Laurent Pelly, une distribution top, un super Maxime Pascal à la baguette, et l’Opéra de Paris arrive à se tirer une balle dans le pied avec des tarifs inabordables. Heureusement qu’il y a encore quelques places à 5€ ! C’était la dernière, le dimanche aprem.

L’heure espagnole, c’est le classique vaudeville de l’amant dans le placard (ou plutôt : dans l’horloge). La mise en scène foutraque est géniale, avec ses tours de magie (hop, dans la boîte !) et ses petits détails drôlatiques (le squelette qui salue à la fin, perdu dans le bordel côté jardin). Le livret de Franc-Nohain est écrit en langue châtiée, parsemé de références espagnoles folkloriques, pour donner une comédie très assumée. Concepcion (Michèle Losier) a le feu aux fesses : une fois débarrassée de son fade mari horloger Torquemada (Philippe Talbot), elle est rejointe par son stupide amant poète Gonzalve (Stanislas de Barbeyrac), ayant auparavant occupé le client muletier Ramiro (Thomas Dolié) dans le transport interne d’horloge ; le caché-croisé se complique encore plus avec l’arrivée du lourd Don Inigo Gomez (Nicolas Courjal), qui fait la cour à la belle volage. Au bout de 55 minutes, elle préfèrera évidemment les biceps de l’efficace muletier ! Savoureux.

Entracte. Quasiment une heure aussi : une chute de spectateur, nous apprend-on finalement… Il ne valait mieux pas que ce soit plus grave, avec ce temps d’intervention là. La souris s’impatiente. Mais elle aurait eu bien tort de rater Gianni Schicchi, cette fois un vaudeville sur le classique testament. Une famille unie autour d’un mort qu’elle détestait de son vivant mais qui avait de l’argent, beaucoup d’argent… qu’il a légué aux moines. Comment se dépêtrer de ce malheur ? Rinuccio (Vittorio Grigolo), amoureux de Lauretta (Elsa Dreisig), propose d’appeler du très détesté mais malin Gianni (Carlo Lepore) ! Qui finira par tous les rouler, évidemment, mais les amoureux (qui cumulent toute la panoplie des clichés) pourront convoler. Encore le placard, mais cette fois pour y stocker le cadavre. Inspiration de chez Dante (à qui il est fait allusion dans la morale finale, d’une même manière que l’opéra court précédent), mais en mode cynique à souhait et à la limite de l’auto-parodie permanente. La famille infernale nécessite beaucoup plus de chanteurs que l’opéra précédent de Ravel, composé sept ans plus tôt (1911 contre 1918). Le second degré y est aussi totalement assumé, et Laurent Pelly trouve une mise en scène toute aussi simple et efficace, qui marche impeccablement bien (dans les mêmes tons, pour garder l’homogénéité).

On en redemande !