Le dernier Tarkovski, très christique, reprenant les images du Miroir, la hantise de l’apocalypse nucléaire de Stalker, la quête mystique de Nostalghia ou encore les défilés d’icônes contemplés de Andrei Roublev, n’est pourtant pas celui que l’on retient le mieux, si ce n’est deux scènes : l’accouplement en lévitation ; la maison qui brûle (deux fois, ai-je appris dans un excellent bouquin au forum des images : la caméra s’étant enrayée, il a fallu reconstruire, et rebrûler ; l’état psychologique des acteurs, à la fin du film, est bien réel). « Le Sacrifice » a bien des niveaux de lectures. Je me demande si ce n’est pas un peu autobiographique, du moins testamentaire, car le réalisateur se savait condamné (toute l’équipe de Stalker a péri, essentiellement de cancer). La dédicace va d’ailleurs à son fils. Il m’a frappé aussi de constater la filiation avec Melancholia de Lars Von Trier. Mais le sacrifice se fait au dépend du nihilisme et dans un acte de foi salvateur ; c’est du moins ce que laissent penser les indices surnaturels, qui à moins d’être tous imaginés par le protagonistes (l’option interprétative restant ouverte), font pencher vers cela la balance. Après tout, la première caractéristique d’un penseur n’est-il pas de douter ?

Il n’en reste pas moins qu’esthétiquement, comme à l’accoutumée, c’est très beau. Sur petit grand écran au quartier latin, cela rend fort bien (même si l’on se passerait bien de quelques voisins… La philanthropie a ses limites). Tarkovski est décidément un cinéaste extraordinaire, une des grandes révélations de ma vie.