Il y a des accouchements plus compliqués que d’autres. Et puis il y a le Don Quichotte de Terry Gilliam, le Duke Nukem Forever du cinéma. « L’homme qui tua Don Quichotte », pour être plus précis, et annoncer déjà dès le titre qu’il y aura de la dérive mise en abyme dans plusieurs tiroirs. Ce film est devenu un tel bordel qu’on commence par les références au procès en cours au moment de sa sortie entre le producteur Paulo Branco et le réalisateur ; et on termine par des dédicaces à Jean Rochefort et à John Hurt, les deux DQ malheureux (surtout le premier ! Et son cheval).

The Man Who Killed Don Quixote ou la méta-métalepse d’un réalisateur en panne en proie avec son producteur, après avoir tenté une première réalisation avortée du film, qui filme un réalisateur en panne (Adam Driver) en proie avec son équipe et plus particulièrement les financiers, alors qu’il tourne un remake de son oeuvre de jeunesse sur le même thème de DQ ; et retrouve le vieil homme qu’il avait embauché (Jonathan Pryce), qui se prend réellement pour Don Quichotte à présent. Gilliam use d’une technique bien connue et usée jusqu’à la corde, qui nous perd dans 2h12 de méandres et patine un bon coup avant de cycler. À se demander si finalement Gilliam n’est pas plus auto-biographiquement projeté en DQ qui mouline et se trompe de cible qu’en Toby. Les deux, certainement. Ça ne vieillira peut-être pas si mal, en fait, parce qu’il n’est pas improbable que ce soit le genre d’oeuvre à moitié ratée qui déçoit au premier abord (surtout après 20-25 ans d’attente !), mais une fois la surprise passée, fasse ressortir ses bons côtés lorsqu’on y retourne. Mais ce serait plus par hasard que par réelle volonté (même s’il y a l’appât Olga Kurylenko).

Finalement, Gilliam a perdu son procès. Pour 10k€ de dommages. Absurde et avorté jusqu’au bout.