Deuxième mariage, neuf jours plus tard. Mairie du 16ème, des amis cette fois. On troque les pétales de rose contre des bulles de savon. La pochette en plastique dans la nouvelle mairie de province laisse place au décorum cossu et ancien parisien, où une avocate officie et salue dans le public les nombreux confrères présents — dont les deux mariés, qui ont droit à une biographie fort détaillée. Les messieurs sont parfaitement habillés du costume usuel ; les demoiselles d’été, en couleurs, sont en dessous mais cultivent le chic bourgeois naturel. Ça parle espagnol, anglais, français ; y a-t-il quiconque avec moins de bac+5 ? Il faut plutôt trier sur : qui n’a pas fait son King’s College, sa boîte de conseil pignon-sur-rue avec clients richissimes, etc ?

Le décalage est violent. Ambiance relai & chateaux, dans un trou paumé hautement charmant, dont tout le monde arrive à trouver l’adresse (grâce à une organisation d’un an et demi qui aura grillé quelques demoiselles d’honneur). Pour trouver sa table, exit les nominations bon coeur de ma soeur (amitié, amour, etc.) : il faut deviner à l’aide d’un extrait écrit (en VO, évidemment) quel est l’auteur, et trouver ainsi sa table — Jane Austen, j’adore. Entraînement scout puis rallyes. Haute bourgeoisie en goguette. On ne lésine sur rien pour respecter les traditions avec la pointe d’originalité qui rentre dans la norme.

Bourdieu était de sortie. Et à la fin des fins, deux fois deux mariages d’introvertis, deux très beaux couples et aucun passage à l’église. Mais deux versions très différentes de la réalité d’un pays.