Le Petit Palais organise l’une des deux expos parisiennes de l’été dont j’ai connaissance (c’est dire si la période est creuse !), mais n’a pas fait cela au rabais, pour ces Impressionnistes à Londres : les oeuvres présentées, leur nombre et la muséographie sont d’une qualité peu courante, surtout pour le dernier point. Serait-ce l’effet anglais ? Le thème est l’exil à Londres d’une bonne partie des impressionnistes ; à cause de la Commune, de Napoléon 3, du succès qui ne vient pas, les raisons sont diverses. La période couverte va de 1870 à 1904. La première partie de l’exposition traite donc du contexte politique, avec des oeuvres peu communes qui illustrent la Commune, aussi bien que la jolie scénographie de ruines — chose difficilement imaginable que ces bâtiments en ruine en plein Paris, autant les Tuileries, la mairie de Paris ou encore la rue de Rivoli.

On passe ensuite la Manche (en bateau depuis le Havre, arrivée directement à Londres). Nos héros vont y connaître succès ou le plus souvent désillusion — en fait il semble qu’il vaille mieux être connu avant de s’exiler. Ils en reviendront quasiment tous, sauf James Tissot auquel une ou deux salles complètes lui sont réservés — mon accompagnatrice d’être émerveillée de ces intrigues qu’on y devine, à travers le positionnement des personnages et les jeux de regard principalement. Certaines oeuvres étaient déjà de l’expo sur les impressionnistes et la mode à Orsay. On trouve : Daubigny, Legros (bof), Pissarro (encore vert), Sisley. Et quelques autres (dont des trucs moche sur la fin de l’expo).

Il y a aussi bon nombre de Carpeaux, et une salle dédiée au Parlement de Monet, en demi-ellipse, venus des quatre coins du monde (aussi émouvant qu’une rencontre de bottes de foin, un congrès de cathédrale ou un meetup de nénuphars) (jouer aux sept erreurs). Il y a des oeuvres qu’on est allé chercher dans des collections un peu paumées ; ce sont aussi souvent celles qu’on ne peut pas photographier, et la milice interne veille scrupuleusement et avec zèle à ce que la loi féodale locale soit bien appliquée. Résultat : je n’ai pas retenu le nom de l’obscure galerie londonienne qui a prêté quelques Tissot des plus intéressants. C’est bête. J’ai noté une très belle statue de MILF par Jules Dalou — le bonhomme est doué, il est bien représenté. Les cartons sont très intéressants, on peut suivre les petites rivalités et les amitiés, on comprend l’articulation de tout ce petit monde. Après vérification : c’est bien co-organisé par le Tate. Il n’y a pas à dire, c’est un autre niveau. Jusqu’au 14 octobre.