Dans la catégorie des traductions étranges, et après deux cas ces derniers jours de traduction de l’anglais vers l’anglais pour le marché français, voici une traduction du danois (« Den skyldige ») vers l’anglais : « The guilty ». Un plan-séquence de Gustav Möller (seul ce film recensé, à 30 ans ?), qui dure 1h25, avec deux éléments qui ne quittent pas l’écran (ni l’affiche) : Jakob Cedergren et son téléphone (combiné ou portable). Cela permet un traitement hors-caméra exceptionnel : les autres personnages et l’action principale se situent hors champ. Pas d’effets spéciaux, simplement deux pièces attenantes peuplées d’autres policiers qui doivent avoir en tout moins de douze lignes de dialogue. Tout se passe à travers le retour son partagé (excellent travail !), en immersion : ça détonne ! Parce que l’effet sur le spectateur, lui, est impeccablement maîtrisé : c’est stressant au maximum. Justement parce qu’on n’y voit rien, mais aussi parce qu’on sent l’impuissance que la distance fait ressortir de la manière la plus violente qui soit.

Notre héros est policier, il répond aux appels d’urgences. Alors qu’il arrive à la fin de son service et de la routine, il prend un appel bien plus grave. La personnalité complexe de notre introverti de service va se révéler au fur et à mesure. On le sent de plus en plus border line… Et en même temps, dans le jeu des téléphones arabes de ces services d’urgence, qui bureaucratisent (donc annulent l’empathie et mettent du délai dans l’urgence, mais aussi rationalisent les décisions, qui peuvent paraître être bien insuffisantes au regard des enjeux — l’actualité a été cruelle avec le Samu de Strasbourg), comment ne pas craquer ? Surtout quand on veut se dédier au bien commun, coûte que coûte. Mais les apparences peuvent aussi être trompeuses…

C’est brillant. Et cela montre qu’on peut encore faire de l’original, en huis clos des plus classiques, avec un budget certainement ridicule. Un grand nom du thriller serait-il né ?