« BlacKkKlansman » (sous-titré « J’ai infiltré le Ku Klux Klan » en version française, pour qu’on y comprenne quelque chose à cet étrange titre-valise) est le dernier Spike Lee, réalisateur bien connu dont les nombreux films ne passent pourtant pas si souvent que cela la barre du succès critique et commercial. Il signe même là une sorte de mini-blockbuster, alliant enquête policière et comédie sur un sujet on ne peut plus sérieux et grave — le racisme endémique aux USA —, où l’on rit régulièrement jaune. Voir John David Washington (fils de Denzel) insulter la race noire au téléphone devant un Adam Driver médusé restera une scène d’anthologie. Le film fonctionne ainsi comme une sorte d’exutoire. Les pieds nickelés du racisme en prennent pour leur grade, tandis que les deux compères policiers infiltrés, l’un afro, l’autre d’origine juive, en rajoutent quatre couches pour faire plus vrai que vrai. De l’autre côté, les associations noires assez bornées reçoivent aussi un petit lot de critique larvée — la SJW en chef est cependant extrêmement mignonne : Laura Harrier, qu’on l’encense !

Spike Lee nous inflige tout de même un très explicite tract politique final. Passage abrupt du fait-réel-biographique (improbable) du début des années 1970 aux heurts contemporains et à de la politique américaine. Il en avait peut-être marre d’être trop subtil — mais son public savait déjà à quoi s’en tenir.