Avec « De chaque instant », Nicolas Philibert, produit par les films du Losange, fait un peu du Wiseman : je pose ma caméra et je ne dis rien, je rassemble beaucoup de matériel pendant une longue période puis je raccourcis le tout dans l’ordre chronologique. Le tout dans un milieu très particulier, et en s’attachant plus particulièrement à quelques personnages. Nous sommes donc dans une école d’infirmiers et d’infirmières (on respecte bien la parité !). On y apprend les gestes, la déonto, les bases de la médecine aussi. Il y a des jeunes mais aussi des personnes déjà aide-soignantes ou que l’on soupçonne en reconversion. C’est déjà fort intéressant de voir comment cela se construit, ces petites mains indispensables, ces besogneux à qui l’on confie les tâches les plus diverses, les plus importantes au quotidien du patient, et parfois aussi les plus éprouvantes.

Mais au-delà, ce qui frappe, c’est le bain d’humanisme. Voire d’humanité, avec une pointe d’idéalisme quelque part. Mais on se trouve au niveau du moule. Quand on immerge les pioupious dans des services, certains en ressortent transformés, subjugués ; d’autres sont traumatisés, lessivés plus par la mauvaise ambiance qu’ils ont pu subir que par le travail lui-même — et encore, la séquence de debrief d’un infirmier stagiaire dans un service cardiaque où il a partagé les derniers moments de quelques personnes est déjà assez éprouvant à entendre, alors on n’imagine pas quand on le vit. Ça pleure. Étrange paradoxe de ces personnes sensibles qui doivent se montrer encore plus fortes que tout un chacun.

Un reportage très sensible, avec des moments qui donnent le sourire — on remarque l’humour qui les unit dans l’adversité. C’est vivant.