Voici un bien étrange horaire : 19h30, à la Philhar. Ça annonçait un Vivaldi de cinq heures. Que nenni : à peine trois ! Jordi Savall avait-il décidé de se coucher tôt ? Pendant un certain temps, la question était de savoir le niveau de remplissage de la salle. Ma binôme de baroque, peu joueuse et stressée de nature, poussa à la prudence. En réalité, malgré les légions de retardataires, non seulement il y avait de la place, mais bien encore plus post-entracte — où nous passâmes simplement de la droite de la vieille dame obèse à grelots autour du poignet, qui notait bruyamment force commentaires sur son programme au crayon, à sa gauche… « Judith triomphante » devrait ainsi nous inspirer dans l’art de la décollation des pénibles — et notamment de ceux qui font tomber des objets lourds et bruyants en plein solo émouvant.

Après deux petites pièces symphoniques de hors d’oeuvre, que Jordi a programmé pour respecter à moitié la tradition (faute de savoir quelles oeuvres exactement étaient réellement jouées), l’oratorio de Vivaldi (seul de ses quatre du genre a avoir survécu) met en scène la tranchante Judith (« alter-ego castratrice » de ma gente accompagnatrice dans un accès de réalisme), Marianne Beate Kielland, face à Holopherne (Marina De Liso), entre leurs conseillers (Rachel Redmond, Vagaus ; Lucia Martin-Cartón, Abra ; Kirstin Mulders, Ozias). Que de la meuf.

Le Concert des Nations et la Capella Reial de Catalunya complètent ce très beau casting pour cette confrontation amoureuse entre une Judith contondante et sa future victime assaillante et charmée. Pourtant, cette Judith sonne très chrétienne, avec ses histoire d’âme immortelle et beaucoup de chasteté. Ça ne l’empêchera pas de débouchonner sec, de manière assez expéditive par ailleurs — cela étant suivie de beaucoup de joie (et d’un appel à la vengeance de la part de l'autre bord).

Une très belle découverte, encore une fois.