« The sisters brothers » invente le western à la française, comme il y eut le western spaghetti. Chez Jacques Audiard, l’assassin rustre qui dort à la belle étoile (et avale une araignée dans son sommeil — mieux valait du whiskey, finalement) est lettré, emploi un vocabulaire châtié, à la limite de l’imparfait du subjonctif. Et ils sont une paire (Joaquin Phoenix/John C. Reilly), les frères Sisters (une sororité confraternelle ? Plutôt l’inverse), à arpenter l’Ouest jusqu’à SF, à la recherche d’une autre paire (Jake Gyllenhaal/Riz Ahmed) — de doux rêveurs, leur antimatière (mais avec force points communs, notamment sur le Père). Les deux frères sont très liés (par le sang, pourrait-on dire) mais s’opposent fréquemment par leurs visions contradictoires de la vie.

On peut donc dire que l’affaire est aussi réaliste que le révélateur d’or chimico-magique dont il est question : ça le fait presque, mais non. Pourtant, en recyclant avec talent les codes du genre, Audiard nous fait quand même du Audiard : c’est fort intelligent, il y a de la castagne et du (très) gore, et finalement, c’est très réussi. Contre toute attente ? Du Audiard, quand même !