Le dernier Lars von Trier, « the house that Jack built », a profondément divisé la critique, entre ceux qui adorent et ceux qui déteste — personne au milieu, gaussienne inversée. Ceux qui adorent voient un achèvement de l’oeuvre du réalisateur et scénariste, dans un grand tout cohérent. Ceux qui détestent trouvent soit un manque de ré-invention/une trop grande répétion/des tics-tocs (certes), soit un aspect boursouflé dans l’auto-référence (pas faux, mais encore ?), soit passent tellement à côté qu’on se demande s’ils y compris quelque chose. Et à vrai dire, ce n’est pas la première fois que je surprends toute une frange importante de la critique dans l’incompréhension et le contre-sens total (« l’allusion dythirembique à Hitler » étant un sommet de bêtise). Forcément que LVT se croit obliger de forcer le trait et d’être un peu lourdement explicatif sur le sens et la cohérence de ses oeuvres — c’est raté, mais y avait-il un espoir ?

On suit Jack (Matt Dillon) dans ses aventures assassines, pas forcément dans l’ordre (quoique), et le long d’un dialogue en voix off, très dialectique, avec « Verge », qu’on identifiera tardivement comme une sorte de Charon — apparu physiquement très tardivement dans le film, Bruno Ganz crée avec l’anti-héros anti-christique une véritable porte des enfers rodinesque. Parce que finalement, cet exutoire violent avec un homme plein de tocs (dont celui du nettoyage), aussi réaliste qu’un vrai tueur en série sans état d’âme, qui nous débarrasse au début du film d’une pénible Uma Thurman d’un bon coup de cric (un jack, en VO), reste globalement très moral quand on considère la fin ! Chargeons Jack de tous nos inavouables péchés, il ira en enfer pour nous. Quid de Lars von Trier ?