Avec « High life », Claire Denis renoue avec le genre du film d’auteur spatial. Un huis clos, un environnement hostile, un enjeu qui dépasse une humanité (difficilement à la hauteur), bref de l’extra-terrestre pour parler de terrestre, le tout enveloppé avec une grosse touche de poésie et de mortalité (brutale, de préférence). Ce n’est pas pour rien qu’on y trouve une vague inspiration de Solaris (plus que de 2001… ou 2010 ?) (on parle aussi de Stalker, chez les critiques enthousiastes, carrément… Pourquoi pas).

Je dirais plutôt que ça ressemble à du Sunshine, plus récent, peut-être parce qu’il y a tout un équipage et qu’il est vaguement question de sauver l’humanité, en l’occurrence en envoyant des missions habitées de condamnés à mort instables et quelque peu trompés (what could possibly go wrong?), qui devront se reproduire malgré les radiations cosmiques — la station qui nous intéresse étant scientifiquement dirigée par Juliette Binoche, sorte de docteur Mengele lubrique de la PMA. Le film s’auto-spoile rapidement pour jusqu’à la quasi-toute fin, cependant, en révélant dès le début que seul Robert Pattinson a survécu, et montrant par flashbacks pourquoi et comment. L’art de se désamorcer.

C’est (délibérément) perché dans l’ensemble, et pas forcément toujours bien cohérent. C’est à prendre comme les films intimistes et psychologiques : il y a beaucoup de choses qui servent uniquement d’alibi, inutile d’aller chercher plus loin. Mais à force, que reste-t-il ? Beaucoup de thèmes fort intéressants ne sont qu’effleurés (tout ne pourrait pas rentrer en 1h51) : les pulsions sexuelles de l’équipage sont explorées dans leur dimension quasi-pornographique mais l’attitude monastique de notre héros (et son insistance sur le tabou) ne nous dira rien de sa condamnation au nécessaire inceste (qui était pourtant au programme, semble-t-il).

En fait, c’est le genre d’oeuvre en co-production à la longue gestation qui souffre d’être trop recherchée, trop intellectualisée, trop esthétisée, pour ne pas décevoir un peu, parce que less is more et keep it simple, stupid. Outre qu’évidemment, une partie du public est forcément paumé (il y en a peut-être qui cherchait de la « pure » SF, dans le lot ? Et pourtant, s’il y a bien un genre réflexif en soit, c’est bien la SF ! Mais il faut faire attention à la limite fragile de la tarte à la crème philosophique). Bref, ce film est un OVNI pas totalement bien fini — comme le vaisseau spatial container-squat qu’il met en scène.