« Les invisibles » est un film qui fait dans le social. Mais Louis-Julien Petit est vraiment très fort. Parce que la tentation est grande, dans ce genre de cas, de soit donner dans le pathos, soit dans le militantisme humaniste — et d’ailleurs, si le film a été applaudi, je pense que c’est essentiellement… par les militantistes bobos ! Au contraire, avec sa petite équipe de comédienne professionnelles (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky) et ses amatrices venues de la rue interprétant quasi-autobiographiquement, il montre toute la complexité des « exclues », non sans humour, ce qui là aussi n’était pas forcément aisé.

Car ce sont bien des « cas sociaux » qu’on est amené à voir. Elles ont connu des « accidents de la vie », comme on dit, mais on sent qu’elles n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, qu’elles ont un vrai problème de vie en société, et notamment de relation rationnelle à autrui — ça part très rapidement en violence verbale ou physique, ça rechigne à tout, il faut sans cesse leur courir après et les suivre comme des enfants et non des adultes responsables. Certes il y a de l’espoir, mais quelle bataille insensée, pour un maigre taux de réussite… Le film arrive à ne pas verser dans le manichéisme mais à montrer une vérité crue — à tel point que cela peut de nouveau faire surgir les questions de la pertinence documentaire qui reste une fiction. On y montre tout, même le désespoir ressenti par les travailleuses sociales, plus à cause de leurs protégées que contre l’administration elle-même (qui après tout propose des choses fort sérieuse, mais ne sait pas correctement les promouvoir, avec la violence étatique classique).

Il n’en reste pas moins quelques personnages formidables pour le bol-d’humanité du bobo vivant dans 10k€/m2. Un film fort bien joué.